GUINEE
: EST-CE L'ANNONCE DE LA REDEMPTION DE LA
REPUBLIQUE ?
Les Guinéens voudraient le croire et j'espère que le plus grand nombre le
souhaite pour aller vers un ordre constitutionnel que nous n'avons jamais
connu. A la sortie de l'ère coloniale en 1958 , les
dirigeants guinéens ont choisi pour la Guinée , le statut de régime
républicain, c'est-à-dire, le régime politique dans lequel le pouvoir est
partagé et où la fonction de Chef de l'Etat n'est pas héréditaire. Tout pouvoir
procède de la volonté populaire. Or en Guinée, le régime républicain proclamé
et inscrit au fronton des édifices publics et en frontispice des textes
fondamentaux, a été dans les faits, 51 années durant, soit un régime quasi monarchique , soit un régime de dictature militaire. Le
cynisme et la tromperie ont consisté de la part des Présidents à toujours user , selon les époques des termes de république populaire
ou de république tout court. Dans la réalité, la République de Guinée (la Res publica guineensa,
la chose publique guinéenne) n'a été depuis 1958 que la chose privée de Sékou
Touré puis de Lansana Conté et, ensuite, de Moussa Dadis Camara.Tous les trois ont
usé et abusé de la chose publique selon leur bon plaisir ,en puisant dans les
ressources économiques et financières du pays, en mettant sous écrous n'importe
quel citoyen ou en libérant de prison selon leurs caprices. Même des Chefs de
monarchies constitutionnelles n'ont pas toujours cette étendue de pouvoirs.
C'est ce type de conception du pouvoir, reposant sur l'arbitraire,la force et la violence, soutenu par des Guinéens
même dits « éclairés » qui est la cause première de l'enlisement de
la Guinée dans le sous-dévéloppement total. Ce
sous-développement est total car il enserre toutes les structures guinéennes:
étatiques, humaines (psychologiques et mentales),économiques
et sociales etc. Loin d'être au service du peuple guinéen, le régime
républicain de
Guinée n'a jamais attiré l'adhésion massive et sincère de nos concitoyens. Un
grand nombre d'entre eux ont toujours senti sans pouvoir le dire ouvertement un
régime fondé sur la violence d'Etat, l'imposture , la
magouille et le vol de toute nature.Cet état de fait
n'a jamais contribué à rassembler positivement un peuple pour construire un
pays. Un pays ne se construit pas quand ses serviteurs vivent dans la peur. Un
exemple vient de nous être donné par le Président de la Commission d'enquête
nationale sur les massacres du 28 septembre 2009. Le Président de cette
Commission, le Procureur Siriman Kouyaté, n'a reconnu
comme responsables de l'ignominie du 28 septembre dernier que le Lieutenant Toumba Diakité et une équipe de bérets rouges.Dadis,
Président du CNDD et ordonnateur incontournable de tout ce qui pouvait se
décider au Camp Alpha Yaya jusqu'au 3 décembre 2009, n'est pas reconnu par le
Procureur Kouyaté comme responsable du
monstrueux crime contre l'humanité qui a été condamné par l'ensemble des
Nations. C'est Toumba, l'absent qui n'a fait qu'obéir
aux ordres de son Chef qu'on exhibe comme le responsable suprême de ce qui a
été décidé au sommet du CNDD. On devine alors que s'il avait été pris le 3
septembre, on l'aurait immédiatent tué pour
l'empêcher de parler , comme il l'a, d'ailleurs dit
dans son interview . Dans un tel contexte d'Etat de non droit, on peut , même si l'on ne partage pas, comprendre les curieuses
conclusions du Rapport de Siriman Kouyaté qui connaît
parfaitement bien la chanson que le pouvoir qui l'a désigné, attendait de lui.C'est pour l'élimination de ce type d'Etat sauvage que
naît chez les Guinéens l'espoir d'un aggiornamento dans leur pays à chaque
tournant de son histoire.
Encore une fois, ce type de survol me semble nécessaire avant d' en venir à l'objet direct de cette note.C'est
de dire que l'accord sur la crise guinéenne, signé le 15 janvier, à
Ouagadougou, même s'il a comporté des critiques justes , peut et doit
constituer une base de départ nouveau . En somme une recherche de
réhabilitation de l'Etat guinéen pour, petit à petit, balayer l'absence d'Etat
républicain qui n'a fait que beaucoup de mal au pays.
Le fait marquant de cette aspiration au renouveau, chacun le sait, est la
désignation d'un Premier Ministre de Transition, Jean-Marie Doré , d'un 2e
Vice-Premier-Ministre, Rabiatou Sérah
Diallo, tous deux sortis des des rangs des Forces
vives et d'un 1er Vice-Premier-Ministre venu du CNDD.Pour
un gouvernement de travail intensif de six mois, cette surcharge de la
Primature n'a pas été un bon signe d'efficacité et elle peut annoncer d'autres surcharges.Le partage de postes ministériels que cette
structure annonce pour une aussi courte période de Transition, n'annonce pas,
de toute évidence, une efficience de l'action gouvernementale. Quand on a parlé
de Transition, j'avais imaginé que les membres de gouvernement mis en place,
sans préoccupations futuristes d'aucune nature,seraient
des techniciens , certes coiffés par un représentant des Forces vives mais en
mesure d'annoncer, dans leurs possibilités d'action , des signes de ruptures
avec les méthodes ambiantes de gestion publique.Méthodes
caractérisées par la pléthore d'acteurs pour la moindre opération, les
cérémonials lourds, emphatiques et surannés,tant avec
des civils, des mitaires que des religieux et qui
finissent par compter en heures dans une journée de travail. Or même si la
durée de la Transition est limitée dans le temps et dans les objectifs, avec
une structure légère, elle aurait pu annoncer des orientations de travail
susceptibles de produire par la suite des effets positifs.Mais
la structure en 32 départements ministériels du gouvernement de Jean-Marie Doré
qui vient d'être présentée par décret du Président par intérim le Général Sékouba Konaté est trop lourde et risque de s'enliser dans
des habitudes et de conduire à un scénario à l'ivoirienne de report en report
d'élections. Et pourtant l'occasion du renouveau aurait dû être saisie pour
rompre avec un passé,paralysant,
source de tous nos maux.
Si, en effet le nouveau tournant qui semblait s'amorcer venait à échouer encore , ce que personne de raisonnable sur l'avenir guinéen
ne souhaite , la Guinée pourrait sans nul doute se situer dans le sillage du
modèle connu par des pays comme la République d'Haïti.
Citer le modèle d'évolution d'Haïti , par les temps qui courent, n'est
nullement fait, ici, en référence au malheur qui vient de frapper cette
République de la Caraïbe, sous la forme d'un terrible séisme le 12 janvier
dernier qu'on dit avoir (provisoirement) fait 200 000 morts et 300 000 blessés.
Ce type de catastrophe naturelle peut arriver à n'importe quel pays.Ainsi du 22 au 24 décembre 1984, un tremblement de
terre , de magnitude 6,3 (selon les spécialistes) sur l'échelle de Richter
(graduée de 1 à 9) a secoué à plusieurs reprises des zones de la
Moyenne-Guinée, faisant de nombreuses victimes mais personne n'a jamais fait
allusion à cette catastrophe dans le calamiteux bilan de la Première République
de Guinée (1).Personne ne peut donc en faire, sur ce point, aux Haïtiens à
propos des malheurs séculaires qui les frappent. La référence à Haïti concerne le
type de gouvernance pratiquée depuis plus de deux siècles. Pour la Guinée,
après 50 année d'errement il
faut que les gouvernements prennent conscience des réels enjeux de la
construction du pays. Cela ne consiste pas seulement à la course au pouvoir et
des avantages qui en découlent pour quelques uns.C'est
ce que n'ont pas sembler comprendre les dirigeants haïtens depuis leur héroïque conquête d'indépendance par
des esclaves qui sortaient de la nuit des temps au début du XIXe siècle. Cette
conquête était infiniment plus difficile que celle qu'ont connue les Africains
au milieu du XXe siècle.Mais avec le temps, Haïti
aurait pu connaître, à présent, une situation moins catastrophique que ce
qu'elle connaît avant le séisme: Elle présente le niveau de développement le
plus faible du continent américain (2).Si les Guinéens ne se ressaisissent pas
c'est cette trajectoire qu'ils prendront en Afrique et un certain nombrilisme
hérité du Non du 28 septembre 1958 qui pèse encore sur certains Guinéens peut
les y conduire. C'est pourquoi j'attire l'attention sur l'évolution d'Haïti. De
quoi s'agit-il exactement? Sans entrer dans l'histoire tumultueuse de l'île,
disons qu'après la révolte des esclaves africains menés par Toussaint
Louverture en 1791 , celui-ci est fait prisonnier et
déporté en France sur ordre de Bonaparte. Mais en 1803, le corps
expéditionnaire napoléonien ,de 12 000 hommes, dépêché
dans l'île pour rétablir l'esclavage , est vaincu près du Cap -Haïtien
(auparavant Cap-Français) et l'indépendance est proclamée le 1er janvier 1804 à
Gonaïves par le Président Jean-Jacques Dessalines avec d'abord un statut
politique incertain: « empire » avec Dessalines,
« royaume » avec Henri Christophe, « république » avec
Alexandre Pétion, et Jean-Pierre Boyer. Les débuts de cette République sont
difficiles: évasions des capitaux, les Haïtiens doivent payer une lourde somme
pour indemniser les anciens colons français ce qui va handicaper longtemps la
jeune République.La France ne reconnaîtra réellement
l'indépendance qu'e 1838 sous Louis-Philippe. D'autres reconnaissances
suivront: le Saint-Siège, les Etas-Unis après
l'abolition de l'esclavage par Lincoln (1863).Mais le mépris dans lequel est
maintenue cette république noire est assez général.Ainsi,
Alexandre Pétion (Président d' Haïti, 1807-1818), donne asile à Simon Bolivar
pourchassé au Vénézuéla et lui donne des aides (à
deux reprises) pour reprendre son combat de libération contre les Espagnols, en
lui demandant seulement l'émancipation des esclaves des terres libérées mais
quand Bolivar convoque le Congrès de Panama en 1826, sur l'Amérique latine,
Haïti n'est pas invitée . Pendant toute la première moitié du XIXe siècle, la
crainte du retour des maîtres français entaîne un
surarmement et des dépenses importantes pour la construction de nombreux forts
de défense comme la gigantesque citadelle du roi Christophe près du
Cap-Haïtien. Cette obsession de défense conduit à occuper la partie Est de
l'île qui deviendra après trois guerres meurtières la
République dominicaine en 1844. Sur le plan politique s'intallent
des dictatures militaires appuyées sur des bases régionales (le Sud contre le
Nord). Les Chefs miltaires préoccupés de pouvoir
politique plus que de construction du pays, lèvent dans les campagnes des
armées de mécontents qui ravagent l'île.Pour financer
leur soif de pouvoir, ils ont recours à des emprunts extérieurs avec des
conditions léonines. Le non-remboursement des dettes entraîne des interventions
des puissances extérieures dans la politique haïtienne.Le
principe de la remise de dettes n'existait pas encore. Au XXe siècle, les
Etats-Unis, qui pratiquent déjà une plolitique
impérialiste dans la région Caraïbe , veulent assainir
et policer ce qu'ils considère comme une
zone instable. Ils envahissent militairement Haïti ,
prennent le contrôle des douanes pour assurer le paiement des dettes
contractées et établissent un protectorat qui va se maintenir de 1915 à 1934
avec la collaboration d'hommes de paille.Mais la
résistance populaire évite à l'île de devenir une quasi-colonie de grandes
plantations comme Cuba ou la République dominicaine (3). Certains nationalistes
qui apparaîtront plus tard sur la scène politique, comme le Docteur François
Duvalier (1957-1971) et son fils Jean-claude Duvalier
n'ont pas tardé à se muer en sinistres dictateurs qui ont enfoncé Haïti dans un
sous-développement chronique et contribué à renforcer l'émigration des Haïtiens
(notamment vers l'Amérique du Nord, la République dominicaine, les Antilles
Françaises et la France) de plus de 3 millions d'Haïtiens dont de nombreux
cadres et techniciens sur une population totale d'environ 9 millions
d'habitants. D'autres dirigeants comme le prêtre Jean-Bertrand Aristide, devenu
homme politique au début des années 1990 , avait suscité beaucoup d'espoir avec
son slogan de campagne de réconciliation pacifique en créole « Pa pè Fè lapè »
(« Ne craignez pas de faire la paix ») a été deux fois renverséetcontraint à l'exil, d'abord aux Etats-Unis en
1991,puis revenu au pouvoir en 1994 , exilé de nouneau
en Afrique du Sud.On voit donc que Haïti a subi des
coups durs au cours de son existance bicentenaire
mais tout n'a pas dépendu des Haïtiens eux-mêmes, comme il vient d'être rappelé
.L'insconcience d'une minorité dirigeante égoïste,
repliée sur elle-même et assoiffée de pouvoir source de son enrichissement a
largement contribué aux malheurs du peuple haïtien: violence politique et
misère permanente de la majorité de la population.
A biens des égards, c'est ce type de comportement qui transparaît en Guinée , malgré des comprtements
d'artifice et des gesticulations de façade. Comme en Haïti, ce ne sont pas
toujours les éléments susceptibles de progrès pour l'ensemble de la nation qui
ont tenu le haut du pavé mais les éléments médiocres.Un
grand nombre de cadres et techniciens haïtiens de haut niveau technique et
professionnel vivent aux quatre coins du monde. Il en est de même pour la
Guinée et dans les deux cas cette situation arrange bien du monde. Le
raisonnement s'y fait en terme de places et non de
recherche de l'efficacité dans la construction du pays. C'est cette voie
d'efficacité qu'on souhaiterait que le gouvernement de Jean-Marie Doré emprunte
Ce n'est pas facile et je devine toutes les inerties auxquelles il devra faire
face. Mais le renouveau ninterviendra qu'au prix de
ruptures avec des habitudes. Cette indication ne concerne plus les gens de ma génération
mais toutes les jeunes générations de cadres et techniciens guinéens bien
formés et qui attendent de s'investir au service de leur pays. Je souhaite que
Jean-Marie Doré donne ce signal et il y aura des chances que les gouvernements
qui suivront prennent la même voie de renouveau.Nos
compatriotes suivront car ils ont soif dr renouveau.
Pour terminer, il faut se souvenir que la violence appelle la violence et le
devoir de dirigeants politiques doit être, entre autres, d'éviter la violence.
C'est un thème à développer dans la conscience collective.
Les dirigeants guinéens doivent méditer et éviter à la Guinée le type
d'évolution qu'a enregistée jusqu'ici la République
d'Haïti , moins par les aléas historiques que le temps aurait pu atténuer que
par l'incurie des dirigeants du pays.Ce n'est pas
parce que nous, Guinéens, avons eu un semblant de stabilité politique de 50
années, assises d'ailleurs, sur des monceaux de cadavres de Guinéens que les
prodromes du modèle haïtien d'évolution ne sont pas perceptibles.
Voici ce qu'a été la succession de la Présidence de la République d' Haïti
depuis 1804 et qui prouve que le pouvoir politique y a été la préoccupation
dominante de la classe politique avec toutes les conséquences négatives qu'on
constate de nos jours.
Présidents ,Mandat et Destin.
1. Jean-Jacques Dessalines :1804-1806
,Militaire, assassiné;
2. Henri Christophe :1807-1820, Militaire,Nord du pays,
suicidé;
3. Alexandre Pétion :1807-1818,
Militaire, Sud du pays, décès de maladie;
4. Jean-Pierre Boyer : 1818-1843, Miltaire,
exilé en Jamaïque,puis en
France où il mourut en 1850;
5. Charles Hérard :1843-1844,
Militaire, exilé;
6. Philippe Guerrier : 1844-1845, Miltaire,
décès;
7. Jean-Louis Pierrot :1845-1846, Militaire;
8. Jean-Baptiste Riché :
1846-1847, Militaire,décès;
9. Faustin Soulouque :1847-1859, Civil,exilé
en Jamaïque;
10. Fabre Geffrard :1859-1867,Militaire,exilé en
Jamaïque;
11. Sylvain Saenave : 1867-1869,
Militaire, exécuté;
12. Nissage Saget
:1870-1874 , Civil, retraité;
13. Michel Domingue:1874-1876, Militaire, exilé en Jamaïque;
14. P.T.Boisrond Canal:1876-1879, Militaire,exilé en
Jamaïque;
15. E. Félicité Salomon: 1879-1888, Civil, exilé en France;
16. F. Florvil Hyppolite:1889-1896, Militaire, décès;
17. Tiresias Simon Sam:1896-1902,Militaire, exilé;
18. Nord Alexis: 1902-1908, Militaire,exilé en Jamaïque;
19. Antoine Simon: 1908-1911,Miltaire,exilé en Jamaïque;
20. M. Cincinnatus Leconte: 1911-1912,Civil,
mort dans
l'explosion du palais national;
21. Tancrède Auguste: 1912-1913, Civil, décès??...;
22. Michel Oreste: 1913-1914, Civil, exilé en Jamaïque;
23. Oreste Zamor: 1914, Militaire,
assassiné en prison;
24. J. Dalvimar Théodore:
1914-1915, Civil, exilé;
25. J. Vilbrun Guillaume Sam:1915,Civil, mis à mort
par lynchage d'une foule alors qu'il s'était réfugié
à l'Ambassade France à Port-au-Prince;
Occupation américaine 1915-1934
26. Sténio Vincent:1930-1941, Civil, démissionnaire;
27. Elie Lescot: 1941-1946, Civil, exilé en Jamaïque puis
aux Etats-Unis;
28. Frank Lavaud:1946,Militaire;
29. Estimé Dumarsais: : 1946-1950,
Civil, renversé;
30. Frank Lavaud:1950, Militaire;
31. Paul Magloire: 1950-1956, Militaire,renversé, exilé aux Etats-Unis,
puis retour au pays à la chute du régime des Duvalier en 1986.
32. Joseph Nemours Pierre-Louis: 1956-1957: Civil,
démissionnaire;
33. Frank Sylvain:1957, Civil, renversé;
34. Léon Cantave: 1957, Militaire;
35. Pierre Eustache Daniel Fignolé: 1957, Civil, renversé;
36. Antonio Thrasybule Kébreau:
1957, Militaire;
37. François Duvalier (père):1957-1971, Civil (Papa Doc),
décès en 1971 et dont la tombe a été saccagée en 1986, à la chute du régime de
son fils Jean-Claude;
38. Jean-Claude Duvalier (fils) :Civil
(Baby Doc), renversé , exilé en France où il vit depuis;
39. Henri Namphy: 1986-1988,
Militaire, renversé;
40. Leslie-François Manigat: 1988,
Civil,reversé;
41. Henri Namphy: 1988, Militaire,
renversé;
42. Prosper Avril: 1988-1990, Militaire,exilé aux Etats-Unis, retour au
au pays en 1993, arrêté en 2001 pour conspiration contre l'Etat ( sous Jean-Bertand Aristide), il a été libéré en 2004 et est devenu
écrivain;
43. Hérard Abraham:1990, Militaire;
44. Ertha Pascal-Trouillot:1990-1991,Présidente de
la Cour suprême
d'Haïti, a été prise en otage;
45. Jean-Bertand Aristide: 1991,Civil,reversé , exilé aux
Etats-Unis;
46. Raoul Cédras: 1991-1994,Militaire,exilé au Panama, suite
à l'intervention américaine;
47. Jean-Bertrand Aristide :1994-1996
et 2001-2004, Civil, renversé, exilé
en République Centrafricaine puis en Afrique du Sud où il vit depuis;
48. Boniface Alexandre: 2004-2006, Civil;
49. René Garcia Préval: 1996-2001 et depuis 2006...
NB.Ne figurent pas sur cette liste ceux qui ont
assuré de très courtes périodes(provisoires) de la
Présidence de la République pour la péride très
récente de la décennie 1990, comme:Marc-Louis Bazin,Joseph C. Nérette,Emile Jonassaint.(4).
J'ai retracé cette liste pour donner à réfléchir aux Guinéens sur les tendances
qu'ils ont à idolâtrer même des militaires du gabarit politique de Moussa Dadis Camara.Des dirigeants
politiques de cette catégorie ne peuvent mener un pays qu'à la ruine. Je l'ai
écrit souvent, non pas contre la personne d'un homme mais pour l'avenir d'un pays.
Le peuple haïtien est un peuple courageux qui aurait pu mieux réussir que ce
qu'on constate aujourd'hui. Ce peuple a montré son courage dès l'accession à l'indépence. Un peuple d'esclaves noirs africains qui se libèra,entre autres, en battant
une armée française de 12 000 hommes que Napoléon Bonaparte avait dépêchée dans
l'île pour rétablir l'esclavage.Un peuple auquel la
puissance coloniale sous le roi CharlesX a imposé une
indemnisation à payer,pour être reconnu indépendant,
de la somme colossale de 150 millions de francs-or de
l'époque, ramenée par la suite à 90 millions et dont les Haïtiens ne finiront
le remboursement qu'en 1888. Tout ce passé a pesé sur l'évolution de cette île
qu'on présentait à la date de l'indépendance comme prospère dans la région (5).
Mais si depuis 1888, la gouvernance de l'île n'avait pas été l'image
paralysante de gestion publique qu'on devine facilement en lisant la liste , ci-dessus, Haïti n'aurait sûrement pas été,aujourd'hui, le pays le plus misérable du continent
américain. La lutte politique qu'y a livrée une armée qui s'est constamment
emparée du pouvoir politique sans toujours savoir quoi en faire sinon qu'à
enrichir une petite oligarchie compradore (6) qui se dépêche à chaque passage
au pouvoir de se préparer des exils dorés à l'etranger;voilà
les sources du mal haïtien. Certains hommes politiques de paille qu'ils
utilisent le plus souvent n'ont pas d'autres ambitions que les leurs.
Le peuple guinéen dispose lui aussi de grandes qualités.Il
ne doit pas se focaliser sur son passé colonial de 60 années ni sur les pièges
tendues du début d'indépendance pour expliquer tous ses malheurs, comme
certains Guinéens se plaisent à le faire. Des pays coimme
le Vietnam ont subi des épreuves plus dures et se sont mieux sortis d'affaires.Les malheurs du peuple guinéen ont été ses hommes
politiques et principalement ses Présidents qui n'ont été que des imposteurs.
Il faut que les Guinéens et parmi eux, les plus éclairés, se débarrassent des
méthodes de gouvernement par imposture.
C'est pourquoi quand des Guinéens s'élèvent avec véhémence contre le pouvoir militaire ,comme dans le Collectif guinéen contre le Pouvoir
militaire (CGCPM), ils doivent être entendus et suivis. Devant ce type de
collectif, d'autres soulignent cependant, l'incontournabilité
de l'Armée dans le règlement de toute crise présente .Au regard de ce constat,
faut-il laisser le cours des choses se poursuivre comme pendant les 25
dernières années? Sur ce point, je ne crois pas qu'il faille comprendre que la
communauté internationale ou le CGCPM minimisent le poids de l'armée en Guinée.
Si tel était le cas pour la communauté internationale ,Sékouba Konaté n'aurait pas reçu tant de messages de
félicitations et de soutien dans les orietations
qu'il a annoncées.Quand au CGCPM, la position qu'il
adopte est la plus féconde pour notre pays, face à la communauté
internationale: (« aide-toi, le Ciel t'aidera », c'est connu...).
Dans les deux positions, le but recherché est d'amener la Guinée vers le type
de gouvernance à base de droit non par la force des armes.Les
rejets de références à la communauté internationale que certains guinéns préconisent, prouvent leur peu de connaissance des
réalités du monde présent.Ne serait-ce qu'au niveau
des besoins de financement extérieur,seuls ceux qui
sont aux manettes du pouvoir à Conakry, savent ces réalités. Aujourd'hui, sans
parler de grandes infrastructures, pour financer le moindre projet dans notre
pays : élections, réforme de l'armée, par exemple ,
nous avons besoin de financement extérieur. C'est en cela que la communauté
internationale est une réalité et c'est en cela que le CGCPM doit se faire
entendre. Ce collectif qui travaille pour l'avènement de la démocratie dans
notre pays devrait pour une fois faire l'unanimité des jeunes générations des
Guinéens. Et il est temps que chacune et chacun se penchent sur cet appel au
lieu de se réfugier dans un septicisme de personnes
vieillies avant l'âge. Dans un article d'Afrique Asie (N° février 2010) « L'équation
militaire » Ahmadou Kélégué fait une bonne
analyse de cette question Il montre comment, dans les mentalités et dans les
faits, l'Armée est devenue incontournable. Ce type de diagnostic est utile et
doit servir.sans intimider.
Quand je parle d'espoir et de rédemption de la République , cela veut signifier
que nous devons faire confiance aux acteurs des Forces vives, à commencer par
le Premier Ministre de la Transition pour tirer le meilleur des dispositions
favorables du Général Sékouba Konaté à un retrait de
l'Armée de la direction politique du pays.Faire
confiance aux Forces vives ne signifie nullement se transformer en choeur d'applaudissement à tout. La critique est donc
nécessaire mais le contexte d'ensemble du pays est difficile, chacun le sait ou
le devine. C'est pourquoi il faut aider les Forces vives,le gouvernement de Transition et le Général Sékouba Konaté dans la voie de rédemption de la République
de Guinée.Et je le répète,il
ne s'agit pas d'un appel à un suivisme aveugle mais un appel à la vigilance
active mais pas au renoncement. Des positions d'affrontement ne pourront que
reculer les solutions à nos problèmes. Ce pragmatisme ne signifie
nullement donc une renonciation à la formation des citoyens guinéens aux
objectifs du Collectif guinéen contre le Pouvoir Militaire. Et les leaders
politiques doivent s'employer de façon pédagogique à faire comprendre aux
responsables militaires que dans une nation , la spécialisation des tâches est
une nécessité, celle de l'Armée est la défense du territoire national.Quand chaque catégorie socioprofessionnelle aura
compris l'absolue nécessité de la division du travail social selon les
spécialisations, les choses marcheront mieux en Guinée.
Ansoumane Doré (Dijon ,
France)
NOTES:
(1)Il faut rappeler ici qu'un violent tremblement de terre a secoué à plusieurs
reprises le Nord-Ouest de la Guinée, les 22-24 décembre 1983.Les localités de
Gaoual et de Koumbia ont été particulièrement détruites.Des dégâts ont été aussi enregistrés à Mamou,
Kindia et Labé. Les victimes ont été chiffrées à 275 morts et 1300 blessés.
Selon l'Institut Physique du Globe de Srasbourg (France)
qui avait aussitôt confirmé les informations de Radio-Conakry, les secousses
avaient atteint la magnitude sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9), ce
qui est destructeur. La dictature en place, alors, parlera peu des victime mais
les marabout et les féticheurs de Guinée se saisirent de l'évènement
, qui, il est vrai, est apparu comme surprenant pour tout le monde. En
effet aucun séisme important n'avait été enregistré, de mémoire d'homme,
jusqu'à cette date en Afrique de l'Ouest, si ce n'est dans les lointaines îles
volcaniques du Cap-Vert. Mais puisqu'il s'agissaitd'un
fait exceptionnel, marabouts, féticheurs et devins ont laissé entendre qu'il
devait avoir un sens caché.Toujours est-il qu'à peine
trois mois après ce séisme , Sékou Touré disparaissait
le 26 mars 1984. Ce qui a conduit à des commentaires variés.
(2). voir INSEE « Panorama économique de la Caraïbe », Préfecture de
la Région Guadeloupe, 1999; Dossier par pays des 21 entités de la Caraïbe.
(3) voir Christian Girault , « La République haïtienne »
, Editions Karthala/Adec, Paris; voir Jacques Barros, « Haïti de 1804 à nos jours », Lharmattan, 1984 Paris.
(4). Wikipédia: Liste des Présidents d'Haïti;
Université Sherbrooke, Québec, Canada:Perspective
Monde.
(5). La République dominicaine qui occupe la partie orientale de l'île d'Haïti
est aujourd'hui beaucoup plus développée économiquement et socialement.
(6). La bourgeoisie compradore dans des pays en développement est formée d'une
minorité d'autochtones enrichis par des trafics divers avec l'étranger et par
conséquent plus liée à l'extérieur qu'au pays. L'exil qui peut advenir à des
politiques leur permet de trouver à l'étranger une assise matérielle
confortable.
Professeur
Ansoumane Doré