Les chambres froides et la maison hantée de l’histoire : de Siriman Kouyaté à Jean-Marie Doré. Les chambres froides et la maison hantée de l’histoire : de Siriman Kouyaté à Jean-Marie Doré.
Ourouro Bah
Article publié par Ibrahima Sory Makanera le 8 février 2010 à 5h48

Les chambres froides et la maison hantée de  l'histoire : de Siriman Kouyaté à Jean-Marie Doré.

 



Siriman Kouyaté qui a présidé la production du rapport de la
commission d'enquêtes du CNDD n'est qu'un bipède.  A la place d'un
cerveau il doit avoir une machine en panne coupée de la réalité. Ce
machin rouillé baigne dans un cynisme épais et  imperméable  au
minimum de sympathie qui permet de s'identifier aux douleurs d'autrui.
Cette désolante et maladive condition lui  aura permis de disculper
avec une tranquille bonhomie  les commanditaires du massacre du 28
Septembre 2009 et  de rejeter sans états d'âme toute la responsabilité
sur Toumba.  On a affaire ici à un être qui  s'est défait
volontairement de la capacité de penser et de s'émouvoir. Il ne veut
pas  s'encombrer des nuances du doute et veut vivre sous l'aiguillon
des instincts de conservation et du tube digestif. Seul un tel
dépouillement animal permet  d'expliquer les  recommandations  que ce
prétendu magistrat administre dans son interview à guineenews.org:
« Nous avons également demandé de faire en sorte que les chambres
froides aient leur capacité élargie. Aussi bien à Donka qu'à Ignace
Deen. Nous nous sommes rendus compte que lors de la présentation et de
la remise des corps aux parents le 2 octobre 2009, ce n'était pas très
gai. Il y a eu des échauffourées entre les parents et les forces de
l'ordre en raison de l'état de conservation des corps. Tout cela parce
que la capacité des chambres froides est très limitée. Nous demandons
à l'État de faire des efforts pour répondre à ce besoin."
Cette froide (sic) recommandation fait trembler. Que  la nation
guérisse ou pas de ses traumas passés et actuels, Siriman Kouyaté
aura acquis des palmes d'honneur peu enviables dans le bêtisier de la
nation. Des épouvantails de sadisme ont parsemé  notre horrible jeune
histoire : des récents au plus vieux,  on peut nommer les Daddis, les
Siaka, les Sékou, les Ismaël etc.  Siriman Kouyaté  nous laissera
l'image troublante d'un croque-mort, à califourchon sur l'escabeau de
la  morbidité, happé dans une logique de criminelle, comme ces
ingénieurs des camps nazis, méticuleux et préoccupés de logistique
dans l'accomplissement de leur forfaits. Avec une prémonition
tranquille, il veut tout juste savoir s'il y a des capacités
suffisantes  pour recevoir les  cadavres des prochains massacres ;
nul ne pourra dire que nous n'avons pas été prévenus.
Pour cet ange  de malheur,  la priorité n'est pas d'équiper les
hôpitaux pour traiter les cas actuels de viols. Tant pis  si  nos
sœurs qui ont échoué dans les banlieues de Dakar et d'Abidjan ne
peuvent curer les contusions de leurs parties intimes et les viols de
leurs âmes auprès des leurs.  Comment ces victimes se meurent en
silence dans les mouroirs de Conakry, comment elles cherchent
l'apaisement auprès des guérisseurs des villages, dans les
bénédictions des mosquées, dans les silences des familles et de la
nation, Siriman Kouyaté n'en a cure.  La rééducation pour les éclopés
qui veulent réapprendre  à vivre après un voyage dans l'enfer des
sbires du CNDD est, pour Siriman Kouyaté, une question de moindre
importance par rapport à l'approvisionnement en chambres froides des
hôpitaux du pays pour la gestion des stocks des cadavres de demain.
D'où cet homme a-t-il tiré une telle morbide prédilection et une telle
inversion des priorités ?  Est-il malade d'une démence personnelle ou
est-il le  symptôme troublant d'un cynisme dans lequel la nation
baigne ?


On a révélé sur l'interne que la maison de Jean-Marie Doré lui avait
été octroyée par Sékou Touré pour des services rendus comme
indicateur.  Plus précisément, on apprend que la  maison en question
est la propriété  de Baidy Gueye. Baidy Gueye était un homme d'affaire
originaire de Dinguiraye. Il fit fortune en Côte d'Ivoire. L'histoire
dit qu'il fut un des  nombreux bienfaiteurs qui aidèrent Sékou Touré
à ses débuts. A son retour en  Guinée, il créa la boulangerie moderne
SADICOM et plusieurs autres compagnies dont une société immobilière.
En 1969,  il disparaîtra,  victime d'un des nombreux complots fictifs
du PDG.


L'accusation que le premier ministre que la nation s'est donnée pour
conduire la transition vers la démocratie habite le cénotaphe  secret
d'une victime d'un régime honni dont il fut un des agents patentés
n'est ni fortuite ni une simple coïncidence que l'on pourrait évacuer
d'un revers de la main. Même avec le prétexte qu'on a des choses plus
importantes à régler. Surtout pas aussi avec l'excuse commode et usée
de la division ethnique qui voudrait que l'auteur de ces lignes, de
par la consonance de son nom, serait bien-entendu d'une tribu
faussement adverse. 

 L'accusation devra être prise pour ce qu'elle est
: une lave qui échappe des  volcans jamais éteints du passé. Elle
surgit dans la déréliction des rumeurs sur les postes ministériels
pour lancer une interpellation anodine (qui ne sera pas perçue pour
sûr) à un peu de décence dans le management de nos affaires publiques.
Pour Jean-Marie Doré, cette information pose plus que des questions
d'intégrité, d'espionnage et de concussion. Elle pose des questions
sur la santé mentale de l'homme. Il faut souffrir d'une insensibilité
et d'un cynisme maladif (semblables  à ceux de Siriman Kouyaté) pour
pouvoir, des décennies durant,  dormir dans un habitat qui symbolise
l'assassinat doublé de la spoliation matérielle. Une marque déposée du
PDG. Dans le tribunal où se jugeront les crimes imprescriptible du
Parti-État, il serait doublement répréhensible : d'avoir fait tuer et
d'avoir dépossédé ses victimes. Si jusqu'à présent, son cerveau inhibé
par le refus de mettre son passé sous l'examen de sa conscience lui a
permis d'habiter cette maison hantée, il n'échappera plus jamais aux
questionnements de circonstance et de ceux de l'histoire.
Pour la famille de Baydi Gueye, ce fait devrait être une occasion de
documenter et publier la vérité sur  cette maison.  Elle pourrait bien
être le moyen  pour réhabiliter leur père et l'élever des fosses de
victimes anonymes à celui d'un individu qui, par l'insolence des
non-repentis,  continue à subir d'outre-tombe les injustices d'une
classe politique qui refuse de se pencher sur les méfaits passés.
L'effet pourrait être contagieux et pourrait secouer la léthargique
maladive et l'amnésie sur laquelle s'est greffée avec succès une
culture d'impunité et d'arrogance.


    Il est présomptueux et futile de s'adresser à la nation.  Il faut
donc s'adresser aux  intellectuels, aux agitateurs politiques, aux
prétendants au pouvoir pour en appeler à leur sens de décence.
L'absurde situation de Jean-Marie Doré pourrait bien être une
opportunité de salut ou une preuve de malédiction. Si, dans un ultime
sursaut de moral, les citoyens encouragés par les dirigeants peuvent
soutenir la famille de Baydi Gueye et demander enfin l'instruction des
faux procès du passé et la restitution en chaines des biens volés,
nous avons une chance de mettre fin à l'impunité.  Si, par contre, on
laisse encore le passé pourrir  sous nos regards, bien que nous ayons
des pièces à convictions indiscutables, avec le fumeux prétexte de
réconciliation nationale ou d'urgences alimentaires, alors nous
n'aurons pas de reproche à faire aux Siriman Kouyaté d'aujourd'hui et
de demain. Nous aurons définitivement prouvé que nous adorons notre
maladie et qu'il est inutile de chercher à nous en guérir.


Il est illusoire de croire au repentir des criminels non jugés. Leur
mauvaise conscience leur dicte la compulsion de toujours vouloir
ensevelir les questions sur leur passé ou de les diluer sous une
culpabilité collective ou ethnique. Les questions qu'ils dissimulent
resurgiront toujours sous des formes différentes, tantôt lancinantes,
tantôt aiguës, tantôt violentes. Car,  quoique l'on veuille, elles
sont la marque de notre véritable identité. Notre condition de
guinéens est de savoir s'il faut les assumer dans la lucidité ou de
feindre de vivre dans une société normale et de s'éteindre dans la
lâcheté.

 

Ourouro Bah

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