Le calme semblait revenu lundi matin dans la ville guinéenne de N'Zérékoré (extrême est), ont indiqué des habitants, après
trois jours de tension et de violences entre musulmans et chrétiens qui ont
fait deux morts, deux disparus et 38 blessés selon un bilan non officiel.
Un communiqué avait été diffusé dimanche soir en langue locale guerzé, sur les ondes d'une radio rurale, pour appeler au
calme et à la reprise des activités.
Les magasins et les marchés ont rouvert, lundi matin, et les transports urbains
ont timidement repris dans le centre de la deuxième ville la plus peuplée de
Guinée (1.000 km de Conakry), ont indiqué à l'AFP des résidents interrogés par
téléphone depuis Conakry.
"Les barrages érigés par les forces de défense et de sécurité ont été
levés par endroits et le dispositif militaire déployé au cours du week-end a
été allégé", a constaté un chauffeur.
Des affrontements entre membres des deux communautés religieuses avaient débuté
vendredi, une semaine après une altercation fin janvier entre une femme
chrétienne et de jeunes musulmans qui assuraient le maintien de l'ordre autour
d'une mosquée à l'occasion de la prière du vendredi.
Mais sous couvert de l'anonymat, une source policière a affirmé dimanche à
l'AFP que des jeunes "pro-Dadis", d'ethnie guerzé et de religion chrétienne, avaient été impliqués
dans les violences, vendredi, et avaient blessé plusieurs personnes, dont deux
militaires, avec des armes à feu.
Il s'agit, selon la même source, de partisans du chef de la junte - le
capitaine Moussa Dadis Camara blessé le 3 décembre
dans une tentative d'assassinat et actuellement en convalescence à Ouagadougou
- qui avaient pris l'habitude de défier l'armée. Selon différents témoins, leur
chef, surnommé "Rasta", a été arrêté.
Un responsable du gouvernorat de N'Zérékoré a déclaré
lundi à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, que "la situation sécuritaire
se normalisait grâce à la médiation du gouvernement".
"S'il est vrai que la crise a été artificiellement créée par des
extrémistes, il reste aussi vrai que l'Etat n'avait rien fait pour empêcher la
situation de dégénérer", a cependant estimé ce responsable régional.
Le colonel Boureima Condé, ancien gouverneur de la
région administrative de N'Zérékoré et actuel
ministre de l'Agriculture, conduit depuis samedi une mission gouvernementale de
médiation dans la région.
"Nous faisons confiance à notre ancien gouverneur qui connaît bien les
coutumes et traditions de la région pour y avoir vécu. Nous l'écoutons
religieusement mais nous lui recommanderons de retirer les armes qui circulent
dans les mains des bandes extrémistes pro-Dadis
Camara", a déclaré à l'AFP un dignitaire religieux influent dans la
région.
L'archevêque de Conakry, Mgr Vincent Koulibaly, s'est
rendu spécialement dans la ville pour y rencontrer les chrétiens. Et des
émissaires du gouvernement avaient visité dimanche une dizaine de mosquées de
N'Zérékoré, pour appeler au "respect de
l'autre".