| Mon ambition pour la Guinée : un destin partagé Mon ambition pour la Guinée : un destin partagé | |
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Sidya TOURE
Ancien Premier Ministre de 1996 à 1999
Président de l’U.F.R.
Article publié par Ibrahima Sory Makanera le 17 février 2010 à 12h42
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Mon ambition pour la
Guinée : un destin partagé Mon ambition pour la Guinée : un
destin partagé Guinéennes, Guinéens, Chers Compatriotes, L'avènement de la nouvelle année
2010 est vécu partout ailleurs comme une période de réjouissance. En Guinée, c'est dans l'angoisse et
l'incertitude que nos compatriotes ont terminé une année 2009 particulièrement
difficile. Cette année a été marquée par des traumatismes graves alors qu'elle
avait commence, presque dans l'euphorie collective. Nous constatons, une fois de plus,
que nous avons souvent, en tant que peuple, manqué de vigilance indispensable
pour la conduite de notre destin commun. Ainsi presque toujours, nos victoires
sont confisquées pour toutes les raisons imaginables, sauf celles d'un bien
être partagé. C'est pourquoi, la Guinée est
considérée comme le pays des occasions manquées. Je n'en veux pour preuve que
l'élaboration par mon gouvernement, en novembre 1996, d'un plan stratégique
pour le développement économique et social : GUINEE VISION 2010, combattu alors
par ceux qui estimaient cette échéance comme lointaine et même trop
ambitieuse... Chers Compatriotes, C'est le moment de le dire, notre
pays est dans un état de délabrement extrême. La situation économique et
sociale est plus que précaire. Malgré la générosité de la nature à notre
endroit, l'immense majorité de nos compatriotes vit en dessous du seuil de
pauvreté. Les infrastructures collectives
installées a l'époque coloniale pour un nombre limité d'habitants, sont restées
les mêmes, aujourd'hui plus dégradées que jamais, alors que l'accroissement de
la population a connu un rythme soutenu. Ce qui a entrainé une extension
indéfinie et anarchique de nos villes : conséquence d'un exode rural dont
l'ampleur était inégalé jusqu'alors. La promiscuité engendrée par cette
anarchie a produit une insécurité grandissante, précarise la sante et l'hygiène
au sein des populations... Chaque guinéen, des villes comme des campagnes, le
mesure déjà concrètement par les souffrances rencontrées dans sa vie
quotidienne. A cet égard, les aspirations de nos
compatriotes sont simples. Etant moi-même à leur écoute, je peux citer sans
aucun risque de me tromper, certaines de leurs préoccupations essentielles
entre autres : ● Accéder aux besoins
élémentaires de nourriture, santé, mais aussi d'eau et d'électricité etc. ● Vivre en sécurité et en
toute liberté dans un pays réconcilié et en paix. ● Désigner eux-mêmes, sans
aucune contrainte, la personne ou l'équipe par laquelle ils souhaitent être
dirigés. ● Que cette personne et son
équipe créent les conditions qui rendent possible l'émergence d'un
environnement juridique, institutionnel, administratif et politique, stable et
sécurisé, sans lequel, toute initiative individuelle ou collective est
condamnée a un échec certain. Guinéennes, Guinéens Chers compatriotes, Il nous faut rapidement nous
ressaisir, car rien n'est perdu d'avance. L'espoir est permis si nous parvenons
à nous réconcilier pour sauvegarder l'unité nationale et nous consacrer enfin
au développement économique et social de notre pays. Nous en avons les moyens.
Nous en avons le pouvoir. Nous devons en faire un Devoir. Cette réconciliation
est un objectif majeur que je me suis assigné en tant que premier Responsable
de l' U.F.R (Union des Forces Républicaines), parti
dans lequel tous les enfants de toutes les régions de notre pays se retrouvent,
sans distinction d'aucune sorte, j'entends mener ce combat républicain, dans un
esprit de dialogue et de fraternité, mais avec fermeté, détermination et sans
concession sur ce que je considère être l'essentiel pour notre pays,
c'est-a-dire : 1°. Le Dialogue, le pardon et la
réconciliation pour l'unité nationale. 2°. La Construction d'un Etat de
Droit crédible. 3°. Une politique économique au
service du développement de l'ensemble du pays. Guinéennes et Guinéens, Chers Compatriotes, Sans remonter jusqu'aux temps du
Parti-Etat, les crises successives (2006, 2007, 2008 et 2009) ont toutes été
réprimées avec une rare violence. Pourtant, chacun le sait, la violence ne
résout rien. Elle est inefficace et aggrave tous les maux. C'est dans la
conciliation et le dialogue entre employeurs et salariés, entre Etat et
instances politiques, entre administration et citoyens, qu'on trouve les
solutions durables et viables a toute crise. Cela fait
cinquante ans que la Guinée souffre de ses maux sans qu'aucun remède n'ait été
trouvé. Chacun d'entre nous, a son explication : l'inexistence d'un Etat de
Droit crédible, ajoutée a une insécurité persistante, est un début
d'explication et non des moindres. Ainsi, contrairement à ce qu'on
pourrait penser, le problème principal de notre pays n'est pas d'ordre
économique, même si le redressement économique reste l'objectif prioritaire.
Notre vrai problème est politique, à savoir l'inexistence d'un véritable Etat
de Droit, sans lequel, il ne saurait y avoir ni activité économique viable,
profitable au plus grand nombre de nos compatriotes, ni sécurité pour les
Personnes et les Biens. Chaque Guinéen mesure parfaitement les conséquences
d'un tel état de fait sur sa propre vie quotidienne. C'est pourquoi, je le dis
à tous, l'heure est plus que jamais au rassemblement. Notre foi et notre raison
nous invitent, après tant de sacrifices à remettre notre pays sur les rails. Mes chers Compatriotes, Il n'y a pas de tierce position
entre un Etat de Droit crédible et un Etat patrimonial qui finit toujours par
devenir un Etat anarchique. Or, c'est d'un Etat de Droit vrai dont notre pays a
besoin. Ce qui suppose la recréation immédiate d'un cadre juridique et
institutionnel transparent et stable, dans un environnement sociopolitique
lui-même apaisé et lisible. L'apaisement sociopolitique ne peut provenir que
d'une légitimité issue du peuple. Nous devons donc doter rapidement notre pays
d'une Direction Politique légitime et légale clairement Identifiée. Pour cela,
il y a une seule voie acceptable aujourd'hui : le choix par nos compatriotes,
dans la liberté et la transparence, de la personne à qui ils souhaitent confier
la direction du pays à l'issue d'une élection présidentielle permettant
d'asseoir un leadership crédible pour la Guinée. Nos compatriotes ont manifesté
à maintes reprises qu'ils ne veulent plus d'un pouvoir imposé. Cela doit être
compris par l'ensemble des forces politiques, administratives et militaires.
Les aspirations exprimées par les guinéens sont légitimes, justifiées et
universelles. Malgré tout, les Institutions étatiques, quelle que soit la
perfection des textes les instituant, sont inopérantes si le personnel
politique et technocratique, chargé de les faire fonctionner au quotidien, perd
de vue l'esprit qui a présidé a leur élaboration. Elles ne peuvent alors en
aucun cas, remplir leur rôle essentiel. Elles valent ce que vaut le personnel qui
en a la charge. C'est pourquoi, le combat contre la corruption et
l'appropriation des biens publics à des fins personnelles, demeure un objectif
majeur de mon programme de gouvernement. A cet effet, les audits spécifiques et
non orientés de l'Administration et des finances publiques tels qu'entamés en
1996 devraient être poursuivis et renforcés. Sinon, face a cette réalité, les
Guinéens résisteront à leur manière : être toujours ≪ d'accord ≫ sans conviction, avec le Chef
(militaire, administratif, ou politique), parce qu'il a des moyens de violence
inouïe qu'il utilise sans retenue, on détourne la règle de droit à son profit.
On en partage les avantages avec le chef, tout en réservant les
contraintes aux autres. Tout cela conduit à une sorte de ≪ guerre de tous contre tous ≫. Et c'est ainsi qu'on enclenche un
cercle vicieux et infernal que les convulsions douloureuses récentes, qui ont
raidi les positions des uns et des autres, continuent d'entretenir. Nous
pouvons faire plus. Nous pouvons faire mieux. Nous devons faire plus et mieux,
parce que nous en avons la capacité, nous l'avons prouvé par le passé. Les
aspirations de nos compatriotes doivent enfin être prises au sérieux afin
qu'elles se matérialisent au plus vite. Il ne s'agit donc pas de promettre indéfiniment,
mais de réaliser concrètement les projets des Guinéens ici et maintenant. Pour sa part, l'U.F.R, parti
Centriste, Social et Libéral que je dirige, l'a compris depuis toujours et
appelle toutes les filles et fils de Guinée à un sursaut national pour relever
les défis qui nous interpellent. Mes chers compatriotes, En réalité, nous sommes désormais
placés devant un choix dont les termes sont clairs : accepter passivement que
notre Patrie devienne le champ clos d'intérêts totalement étrangers aux nôtres.
Dans cette funeste hypothèse, notre pays deviendrait alors, à l'instar de la
Sierra-Léone et du Liberia des années 90, le théâtre des guerres civiles dont
le seul enjeu serait le contrôle des ressources naturelles avec pour résultat
le plus tangible, un phénomène ≪ de
laïcisation ≫ de la Guinée≫. L'autre alternative, celle que je
propose au nom de l'UFR à l'ensemble des Guinéens et qui est la seule voie du
redressement national, c'est de se rassembler pour bâtir un Etat de Droit, qui
puisse nous garantir un développement économique et social durable. Fort de ces
quatorze dernières années passées au service de mon pays, d'abord en tant que
Premier Ministre mais aussi Leader de parti politique d'opposition, j'ai appris
à être à l'écoute des Guinéens. C'est pourquoi le Rassemblement que je souhaite
bâtir avec vous, n'est pas un consensus sans contenu. Il ne s'agit pas non plus
de dissimuler les difficultés de cohabitation que nous rencontrons parfois. En
ce sens, la Guinée est notre bien commun. Il s'agit de vous inviter à un
dialogue direct et franc, sans intermédiaire ni faux fuyant, pouvoir débattre
de toutes les exactions injustifiables infligées à nos compatriotes de quelque
appartenance que ce soit. Les pouvoirs successifs depuis l'indépendance ont complètement
fragilisé notre pays, ses institutions et ses hommes. Il ne s'agit cependant
pas d'instruire un procès contre telle ou telle catégorie de population, mais
d'examiner ensemble les convulsions douloureuses de notre Histoire commune,
d'en repérer les causes, situer les responsabilités et saluer la mémoire des
nombreuses VICTIMES, afin de créer les conditions qui ouvriraient la voie à une
franche réconciliation nationale. C'est aussi dans sa capacité à
surmonter ses difficultés de cohabitation qu'une Nation se construit et peut
bâtir un avenir heureux pour tous ses enfants. L'état de Droit en est le cadre
et l'outil principal. Une nation ayant fait la paix avec elle-même, peut plus
aisément réussir un programme de développement économique et social. C'est à
cela que je convie nos compatriotes, sans distinction aucune. Chers Compatriotes, Il n'est pas utile d'énumérer les
problèmes économiques et sociaux auxquels notre pays est confronté. Tous les
guinéens les connaissent parfaitement et en mesurent l'ampleur. Dans cette
optique, notre politique économique et sociale future devra obéir à un plan
d'action ambitieux en trois phases : A). Renforcer la vocation agricole
de notre pays tout en diversifiant son économie L'affirmation habituelle répandue
selon laquelle la Guinée serait un ≪ scandale géologique ≫ en raison
de sa dotation en certaines ressources minières, est une illusion dangereuse
dont nous devons nous débarrasser. L'extraction de tel ou tel minerai n'est pas
forcement inutile mais elle ne permet d'enclencher un début de ≪profitabilité ≫ économique que si nous maitrisons
un certain nombre de mécanismes industriels et financiers ; ce qui ne se fera
pas dans l'immédiat alors que nous devons créer parallèlement des emplois
notamment pour les jeunes. Notre véritable Richesse, c'est
notre sol. La pluviométrie dans notre pays est bonne. Le sol est fertile. Nous
disposons d'immenses plaines, propices aux cultures vivrières et d'exportation.
Nos eaux territoriales marines sont, malgré le pillage, parmi les plus
poissonneuses en Afrique de l'Ouest. Sur le plan de la production vivrière, les
potentialités agricoles de notre pays auraient dû nous permettre une
quasi-autosuffisance alimentaire, ou tout au moins, rendre marginale
l'importation de riz, comme c'était le cas avant l'Indépendance. Mais,
exception faite de la Guinée Forestière, nos potentialités vivrières sont
inexploitées ou mal exploitées. Il est impératif que le caractère prioritaire,
maintes fois proclamé de l'agriculture, se traduise dans la réalité
quotidienne, et d'abord au niveau des petits producteurs. C'est la voie unique
pour une autosuffisance alimentaire sans laquelle, tout autre projet utile au
pays, est d'avance voué à l'échec. Les cultures d'exportation quant à elles,
trouveront plus facilement des investisseurs, nationaux ou extérieurs. Ce cadre
de développement nous l'avons clairement défini dès 1998 par la mise en place
de la Lettre de Politique de Développement Agricole (LDPA I & II)
malheureusement jamais appliquée. La protection et la préservation de
notre environnement naturel est aussi une condition essentielle au succès de
cette politique. A cet égard, la création et la formation d'un important corps
de gardes forestiers et environnementaux sont indispensables. De même, un corps
de garde-côtes pour surveiller efficacement nos zones économiques marines est
utile à constituer. Ces deux corps pourraient résorber une partie des effectifs
de l'armée dans le cadre de la réforme envisagée des corps de défense et de
sécurité, financée par l'aide extérieure avec la mise en place d'un régime
civil. Cette réforme nécessaire et urgente fera l'objet d'un programme
particulier. B). Eduquer, Former et Soigner les
populations Ce qu'il est convenu d'appeler
développement économique et social, provient pour une large part d'une
population éduquée, c'est-a-dire intellectuellement et professionnellement bien
formée, d'une population bien soignée, donc en bonne santé, d'une population
correctement nourrie et donc énergique au travail. La politique éducative et
universitaire est à revoir de fond en comble. Je suggère de privilégier la
formation professionnelle moyenne et de haut niveau. Ce constat m'avait déjà
amené à créer dans le gouvernement du 9 juillet 1996, un ministère de
l'enseignement technique et de la formation professionnelle à cet effet. L'enseignement doit prioritairement
dispenser aux Jeunes, une formation qu'ils peuvent directement mettre en valeur
pour leur propre compte, ou dans le cadre d'un contrat de travail. Il s'agit
aussi d'absorber les différentes promotions des universités guinéennes,
toujours en quête d'emploi. L'objectif étant également l'amélioration de la
fonction publique et de la bureaucratie gouvernementale. C). Doter le pays d'infrastructures
reliant les Régions naturelles les unes aux autres. Les infrastructures collectives
(voies de communication, de télécommunications, production et distribution
d'énergie et d'eau, chemins de fer
), en plus de leur impact économique évident
sur le pays, constituent aussi un moyen d'aménagement du territoire. L'égal
aménagement de tout le territoire national contribue aussi à faire naitre le
sentiment d'appartenir au même pays, et d'être également traité par un Etat
crédible. Le financement de ces travaux est coûteux, mais des bailleurs et
partenaires au développement sont disposés à investir en Guinée : - assurer un environnement juridique
et institutionnel favorable et sécurisé, dans un Etat capable de respecter ses
engagements tout en évitant la corruption généralisée et la bureaucratie. - garantir un environnement
sociopolitique stable. Une Guinée réconciliée et engagée
sur la voie de développement sera un pôle économique attractif pour l'ensemble
de la Sous - Région. Nous en avons les potentialités. Nous en avons les
compétences, pourvu que l'on sache les rassembler autour d'un même projet. Chers Compatriotes, Voici donc, en cette fin d'année et
au nom de l'U.F.R., les principes essentiels dont s'inspirera notre action, si
un jour les Guinéens décident de me confier les destinées de notre pays. Si tel
était le cas, comme je le souhaite, le gouvernement que je nommerais et qui
sera chargé de mettre en œuvre ce programme d'union nationale et d'action, ne
sera pas celui d'un parti, d'une région ou d'un groupe. Il sera compose de tous
les enfants du pays, d'où qu'ils viennent, quelle que soit leur appartenance
partisane. J'ai souhaite dans cette ambiance générale d'incertitude et même de
découragement pour certains de nos compatriotes, vous dire combien, je continue
de croire a un destin fait de bonheur partagé pour tous les guinéens. Voilà la
raison de mon ambition pour la Guinée, car nous avons le devoir d'offrir une
nouvelle perspective à notre pays. Au nom de l'U.F.R., et en mon nom personnel,
je vous souhaite une bonne et heureuse année 2010. Que la Paix vous accompagne
et que Dieu bénisse la Guinée et protège ses enfants. Sidya TOURE Ancien Premier Ministre de 1996 à
1999 Président de l'U.F.R. |
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