L'opposition, dont les membres ont été, hier, dispersés à coups de grenades
lacrymogènes, ne reconnaît pas la victoire du président sortant.
Deux jours après la proclamation des résultats du scrutin présidentiel, Lomé se
demande bien ce que lui réserve l'avenir. Seule certitude, mais inquiétante :
le Togo fait actuellement l'expérience d'un scénario à la « gabonaise ».
Premier élément de ce scénario : la prime au « fils à papa ». Faure Gnassingbé,
tout comme Ali Bongo qui succède désormais à son père, contrôle tous les
rouages de l'État et dispose d'une conséquente cagnotte personnelle. Fort de
son bilan, bénéficiant d'une intense exposition médiatique locale et assuré de
la fidélité de nombreux hauts fonctionnaires, le fils de l'ancien dictateur
Gnassingbé Eyadema a pu recueillir 1,24 million de voix sur 2,1 millions de
suffrages exprimés jeudi, contre 692 584 voix à son rival Jean-Pierre Fabre.
Les partitions discordantes de l'opposition
Second élément : la faiblesse de l'opposition. Ses ténors ont joué des
partitions discordantes jusqu'au dernier moment. Jean-Pierre Fabre, le
principal adversaire du président sortant, n'a été adoubé par son mentor, GilchristOlympio, qu'à la toute
dernière minute. Et Fabre n'aura pas réussi à rallier à son camp quelques
autres candidats prétendument d'opposition.
Troisième élément : l'accusation de hold-up électoral. « Nous contesterons ces
chiffres circonscription par circonscription pour montrer qu'il y a eu un
détournement électoral », a prévenu Kofi Yamgnane.
Avant d'être portée devant les tribunaux, la contestation pourrait commencer,
violemment, dans la rue ; mais les chefs de l'opposition ont encore en mémoire
les 790 morts des heurts post-électoraux de 2005. «
Les jeunes sont à cran. Il y a des gendarmes partout. Mais nous demandons aux
gens de rester calmes », déclarait, hier soir, l'ancien secrétaire d'État
français et aujourd'hui porte-parole de l'UFC (Union des forces pour le
changement).
Au final, tant au Gabon qu'au Togo (où le président Gnassingbé est invisible
depuis vendredi), le scénario débouche sur le maintien au pouvoir d'un
dirigeant discuté et sur la stabilité d'un régime autoritaire. S'en satisfont
une partie de l'électorat, des partenaires commerciaux et quelques
chancelleries étrangères qui entretiennent des relations attentionnées avec ces
chefs d'État prompts à parler de réforme, mais incapables d'entendre le
mécontentement citoyen.
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