Au Togo, l'élection contestée de Faure Gnassingbé Au Togo, l'élection contestée de Faure Gnassingbé
Article publié par Ibrahima Sory Makanera le 8 mars 2010 à 10h6

Au Togo, l'élection contestée de Faure Gnassingbé




L'opposition, dont les membres ont été, hier, dispersés à coups de grenades lacrymogènes, ne reconnaît pas la victoire du président sortant.

Deux jours après la proclamation des résultats du scrutin présidentiel, Lomé se demande bien ce que lui réserve l'avenir. Seule certitude, mais inquiétante : le Togo fait actuellement l'expérience d'un scénario à la « gabonaise ».

Premier élément de ce scénario : la prime au « fils à papa ». Faure Gnassingbé, tout comme Ali Bongo qui succède désormais à son père, contrôle tous les rouages de l'État et dispose d'une conséquente cagnotte personnelle. Fort de son bilan, bénéficiant d'une intense exposition médiatique locale et assuré de la fidélité de nombreux hauts fonctionnaires, le fils de l'ancien dictateur Gnassingbé Eyadema a pu recueillir 1,24 million de voix sur 2,1 millions de suffrages exprimés jeudi, contre 692 584 voix à son rival Jean-Pierre Fabre.

Les partitions discordantes de l'opposition

Second élément : la faiblesse de l'opposition. Ses ténors ont joué des partitions discordantes jusqu'au dernier moment. Jean-Pierre Fabre, le principal adversaire du président sortant, n'a été adoubé par son mentor, Gilchrist Olympio, qu'à la toute dernière minute. Et Fabre n'aura pas réussi à rallier à son camp quelques autres candidats prétendument d'opposition.

Troisième élément : l'accusation de hold-up électoral. « Nous contesterons ces chiffres circonscription par circonscription pour montrer qu'il y a eu un détournement électoral », a prévenu Kofi Yamgnane. Avant d'être portée devant les tribunaux, la contestation pourrait commencer, violemment, dans la rue ; mais les chefs de l'opposition ont encore en mémoire les 790 morts des heurts post-électoraux de 2005. « Les jeunes sont à cran. Il y a des gendarmes partout. Mais nous demandons aux gens de rester calmes », déclarait, hier soir, l'ancien secrétaire d'État français et aujourd'hui porte-parole de l'UFC (Union des forces pour le changement).

Au final, tant au Gabon qu'au Togo (où le président Gnassingbé est invisible depuis vendredi), le scénario débouche sur le maintien au pouvoir d'un dirigeant discuté et sur la stabilité d'un régime autoritaire. S'en satisfont une partie de l'électorat, des partenaires commerciaux et quelques chancelleries étrangères qui entretiennent des relations attentionnées avec ces chefs d'État prompts à parler de réforme, mais incapables d'entendre le mécontentement citoyen.



Avec Laurent DESPAS à Lomé.
lundi 08 mars 2010

 

(Ouest-France 08/03/2010)

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