| COLLOQUE SUR LA GUINÉE COLLOQUE SUR LA GUINÉE | |||
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Discours de Monsieur Ismaël BAH,
Président de Guinée-Codéveloppement
Article publié par le 25 janvier 2012 à 12h6
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COLLOQUE SUR LA GUINÉE « Nouvelle génération
guinéenne : regards d'avenir » Assemblée
Nationale Française Palais
BOURBON, samedi Discours
de Monsieur Ismaël BAH, Président
de Guinée-Codéveloppement
Son Excellence, M.
Amara CAMARA, Ambassadeur de Guinée en France ; M. Ismaël BAH,
Président de Guinée-Codéveloppement ; M. Jacques GODEFRAIN, Ancien
Ministre français de la coopération (Gouvernement jacques Chirac). Monsieur
le Ministre, Son
Excellence Monsieur l'Ambassadeur Mesdames
et Monsieur Je
suis très heureux de vous accueillir ce matin et d'ouvrir cette conférence
organisée par l'ONG GUINÉE
CO-DÉVELOPPEMENT que j'ai l'honneur de présider. Cette
manifestation se déroule sous l'égide de l'Assemblée Nationale et sous les ors
de la République française. J'y vois le symbole de l'attention que la France
porte à la République de Guinée et de la confiance qu'elle place dans le
Président de la république nouvellement élu en Guinée pour affermir le
processus démocratique instauré au prix de la vie de nombreux Guinéens. Je
remercie tout particulièrement mon ami, Jacques GODFRAIN, ancien ministre de la
coopération, ici présent qui a beaucoup appuyé notre proposition auprès M.
Jérôme CHARTIER, député que je remercie d'avoir accepté l'organisation de ce
colloque. Je remercie également Monsieur Alain JUPPÉ, pour son soutien. Je
suis aussi profondément honoré de recevoir son excellence, M. Amara CAMARA,
Ambassadeur de Guinée en France. Il interviendra sur la Guinée, la nation
Guinée, sujet qui occupe plus particulièrement les pensées d'une bonne partie
des participants. Sur ce point, le mot nation, pris dans son sens moderne, est
assez proche de celui de peuple, mais ajoute souvent l'idée d'État.
Car selon Ernest RENAN, écrivain français, « l'existence d'une nation est
un plébiscite de tous les jours ». Et en effet, l'histoire récente de
l'Afrique nous rappelle qu'une démocratie préservée est source de stabilité et
de prospérité pour la nation. Tandis que la moindre défaillance de la part des
dirigeants, le moindre relâchement de la part des peuples, peut conduire à
l'embrasement. 2011 a été de ce point de vue, marqué par de nombreuses révoltes
populaires, et par des affrontements violents incessants sur le continent
africain. Pour
prendre part au développement de la Guinée, ce colloque réunit des acteurs dont
l'aide est précieuse. Nous accueillons, Mme Martha BREEZE, Directrice de
l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration pour parler des
dispositifs d'aide au retour à destination des diasporas. Mme Christine
HEURAUX, la Directrice du pôle accès à l'énergie d'EDF. Ses
missions sont tournées vers les pays en développement pour lesquels elle est en
charge de la stratégie des partenariats et de la communication d'EDF ce qui lui
a ouvert de nouveaux champs de compétences vers l'Afrique. Elle est l'auteur du
livre « L'électricité au cœur des défis africains » et plus
récemment de « La formation au cœur du développement ». Heureusement,
pour le projet d'électrification rurale en Afrique de l'Ouest, la Banque
mondiale lui a donné rendez-vous pour discuter de ce projet. Elle a sollicité
Monsieur Emmanuel SELLER, Directeur adjoint Afrique d'EDF qui interviendra sur
ces problématiques. Nous avons l'honneur d'accueillir aussi Mme Yvonne TRITZ,
Adjointe au Maire d'une grande commune touristique de La Martinique, Le Marin,
mais également la présidente du Comité du tourisme de cette ville. Elle va nous
parler du développement touristique. Enfin,
je remercie tout particulièrement nos nombreux compatriotes, ici présents, dont
certains ont fait le déplacement tout spécialement de Guinée, d'Europe, des
États-Unis, du Canada et d'Afrique. Je
remercie aussi, la représentation de parlementaires Africains présente dans
cette salle et enfin les représentants de la grande Entreprise « la
Solution » qui sont arrivés ce matin de Conakry. Le
discours est certes important, mais les actes sont essentiels et il me semble
qu'aujourd'hui compte tenu des circonstances il faut aller au but. Je vois que
j'ai en face de moi des cadres de très haut niveau, des chefs d'entreprise, des
intellectuels, des étudiants mais aussi des personnes d'origine guinéenne ou
pas mais qui ont tous a cœur l'avenir de la Guinée. Il
faut être pragmatique, pour parler de notre patrie la Guinée, et lorsqu'on s'y
trouve, car j'y suis régulièrement, on peut avoir un regard et un discours
classique, sur la beauté du paysage, sur la misère, etc. Ces constatations nous
les connaissons et les grands discours de compassion sont importants mais ne
sont pas suffisants. Parce
que ce qui est essentiel aujourd'hui je crois, et c'est la démarche de notre
génération et celle de Guinée Co-développement, c'est d'avoir pleine conscience
de tourner la page de l'histoire de notre pays en se disant que nous avons une
superbe page à écrire et donc un avenir meilleur à bâtir pour nous les Guinéens. Mais
pour résoudre les problèmes, politiques et sociaux, il faut d'abord créer de la
richesse et exploiter complètement mais judicieusement nos ressources, pour
devenir une nation prospère et autonome. A
partir du moment où l'argent sera là, nous pourrons nous attacher à détruire ce
cercle que j'appelle le cercle de la peine, de la pauvreté, de la maladie, de
la misère et aller vers ce dont nous regrettons tous les jours, l'accès à
l'eau, à l'électricité, à l'éducation, et ensuite au développement économique. Le schéma
qui a prévalu depuis cinquante ans dans notre économie est celui des bailleurs
de fonds, qui ont imposé ce qu'ils pensaient être le meilleur sans doute mais
on voit bien que ce système s'essouffle. Il
est important aujourd'hui que notre pays s'autonomise et prenne son destin en
main, je ne parle pas de destin dans l'absolu mais son destin économique. Nous
pouvons regretter la défaillance des bailleurs de fond ou les détournements des
deniers publics par des élites corrompues mais ce qui est important, c'est de
changer d'approche et d'aller le plus rapidement possible vers beaucoup plus de
pragmatisme. J'ai,
en effet, le sentiment qu'en Guinée nous sommes à un moment de basculement car
nous sommes détenteurs d'un levier économique potentiel considérable, les
matières premières. Je
crois que nous pouvons avoir le sourire et être joyeux au sens noble du terme,
tout est possible en Guinée mais à condition que nous prenions véritablement
notre destin en main. Comment
faire pour avoir une attitude qui change ? Vous êtes cadres supérieurs, chefs
d'entreprise, étudiants diplômés, il est essentiel à un moment ou à un autre
que vous puissiez retourner apporter vos compétences à la Guinée et contribuer
au développement économique de notre pays d'origine. Je
sais que les conditions de vie y sont difficiles, qu'il y a beaucoup de choses
à reconstruire mais il faut qu'une classe de cadres dirigeants puisse tirer le
pays vers le haut, vienne véritablement prendre les choses en main et vous
pouvez en faire partie. Il y
a point essentiel sur lequel j'insiste et il ne faut
pas hésiter de le répéter, aujourd'hui : si nous savons utiliser nos
potentiels, ressources minières, agricoles, halieutiques et surtout humaines
pour valoriser ces dernières, la Guinée fera partie des prochaines puissances
économiques. Par
contre, si nous ne sommes pas vigilants sur l'utilisation de ces richesses, seul
réel actif nous permettant de nous développer, nous courrions à notre perte. Il
faut que des hommes et des femmes comme nous prennent leurs responsabilités. Nous
savons tous que le premier fléau qui a empêché le développement de notre pays
est la corruption des élites au pouvoir. Plus préoccupées par leur
enrichissement personnel et de leur famille au détriment de leur peuple, elles
ont sévi pendant des années bloquant toute croissance de leur pays. Elles
ont, entre autres, rendu en grande partie l'aide internationale inefficace. En
effet, la plupart partie des sommes débloquées pour des projets pour les
habitants n'arrivaient pas à leur destinataire ou finançaient des travaux à
moindre coût vite dégradés à cause de leur mauvaise qualité ou complètement
inadaptés au contexte. Ces systèmes destructeurs et néfastes étaient encore
accentués par le manque de cadres formés et de main d'œuvre qualifiée. La
Guinée en est un exemple frappant ; elle a cumulé durant des années tous
ces désavantages accentués par un repli du pays sur lui-même. Ce système
pernicieux maintenait notre pauvre pays dans une relation de dépendance. Aujourd'hui
les prises de conscience et les révoltes populaires les chassent les uns après
les autres au profit d'élus plus responsables. Dans
ce contexte, la révolution doit se faire d'abord dans nos têtes : la
nouvelle génération de guinéens doit s'engager résolument à servir d'abord notre
patrie. Nous
avons tous identifié les maux qui rongent la Guinée. Nous savons que ce pays
fait face à d'énormes défis : reconstruction d'une économie exsangue, mise à
mal par des années d'inertie et de crise ; défi du rétablissement de l'autorité
de l'État, de la reconstruction de forces de sécurité. Et
le défi le plus important, la restauration de l'unité du peuple guinéen, par
des mesures de justice et de réconciliation. C'est
pourquoi, les Guinéens se doivent d'être vigilants pour que la bonne
gouvernance, définie comme la gestion transparente et responsable de l'ensemble
des ressources de notre pays pour son
développement équitable et durable, devienne la règle et non pas l'exception.
Il est essentiel en effet, que le peuple puisse lui aussi bénéficier des
richesses de son pays, redéployés en accès à l'eau, à la santé, à l'éducation,
à une vie meilleure. L'économie
ne se construit pas un coup de baguette magique et à coup de seules subvention,
elle se construit parce que des chefs d'entreprises viennent et créent des emplois,
et par là même de la richesse. Nous
avons besoins d'expertise dans tous les domaines, de cadres bien formés
constituant ainsi l'ossature d'une économie compétitive. Et
la diaspora guinéenne est de ce point de vue inestimable car elle est disséminée
dans tous les pays industrialisés du monde et leur fournit des compétences
acquises durant de nombreuses années. Ces
compétences, ces talents, ces années d'études et, de spécialisation doivent
maintenant servir à aider et à propulser la Guinée. Sur
le plan politique, si nous n'appuyons pas les premiers pas de la démocratie,
chancelants et difficiles, par une attention de tous les instants en préparant
l'avenir pour de nouvelles élections, nous risquerons toujours de voir, à
nouveau le pouvoir confisqué par un ou plusieurs dictateurs. Car,
l'ethno stratégie mise en place par les leaders de tous bords n'est pas la
démarche du peuple guinéen mais une volonté d'instrumentaliser nos compatriotes
aux fins de garder ou d'obtenir le pouvoir. Ou
pourrais-je le dire mieux qu'ici, dans ces circonstances, l'unité nationale ce
n'est pas l'uniformité, c'est le pluralisme et le choc des idées, c'est aussi
le sentiment d'appartenance à une communauté forgée dans l'histoire, apte à
épouser son époque, prête à la grande aventure du temps présent ou chacun
d'entre nous peut choisir librement sa manière de vivre, les compagnons de sa
vie, à la condition suprême et décisive de savoir vivre ensemble. Je
forme les vœux que la Guinée retrouve le sens d'un destin commun en sachant
rompre avec
l'ethnocentrisme, la corruption, qui sont des logiques de division qui ne conduira
finalement qu'à la destruction. Je
veux le dire avec force pour que chacun le comprenne : la démocratie n'est pas un privilège réservé
aux pays occidentaux. C'est une aspiration profonde de chaque peuple, sur tous
les continents de la planète. C'est aussi la garantie de la paix et du
développement Mais
voulons-nous vraiment que cesse l'arbitraire, la corruption, la violence ?
Voulons-nous que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir
raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ? Voulons-nous
la paix dans notre pays ? Voulons-nous lutter contre l'ethnocentrisme, mettre
fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C'est à nous, mes
compatriotes, de le décider. Et
si nous le décidons, la France et la Communauté Internationale seront à nos
côtés, mais la France et la Communauté Internationale ne peuvent pas le faire à
notre place. Ce
que veut faire cette nouvelle génération guinéenne, c'est regarder en face les
réalités pour se détourner définitivement de la politique des mythes. VIVE LA République !Ė ! |
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