| Interview de M. Mohamed Bangoura, inventeur de l’alphabet Korésèbèli et les chiffres Bentoura Interview de M. Mohamed Bangoura, inventeur de l’alphabet Korésèbèli et les chiffres Bentoura | |
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Article publié par le 27 janvier 2012 à 11h6
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Interview M. Mohamed Bentoura Bangoura, dit Ben Bangoura,
inventeur de l'alphabet Korésèbèli et les chiffres Bentoura « Mon alphabet s'adapte à toutes les langues de la Guinée
» Korésèbèli, c'est le nom d'un alphabet qui se veut national. Son inventeur, Mohamed Bentoura Bangoura parle d'un don qu'il a reçu de Dieu.
C'était depuis à l'âge de 16 ans à Mankountan
(Boffa). Selon lui, cet alphabet est le seul qui puisse être utilisé par toutes
les ethnies sans aucune harmonisation. Lisez ! Leguepard.net: Présentez-vous à nos lecteurs Mohamed Bentoura Bangoura : je suis sociologue de formation, administrateur territorial, ancien
sous-préfet. J'habite à Coyah tout précisément à M'Baloussoria. Je suis chef de division en fonction à la
direction nationale des affaires politiques au ministère de l'Administration du
territoire et de la décentralisation. Justement, vous êtes l'inventeur d'un nouvel alphabet soussou, parlez-nous
en ? Bon, Korésèbèli,
c'est un alphabet soussou. C'est ma langue maternelle. Korésèbèli
est parti de 1979. J'étais encore sur les bancs. Je suis parti en vacance pour
voir mes frères de lait et les enfants de ma tante. Un jour, j'ai fait un rêve.
J'ai vu dans le rêve des étoiles qui s'étaient transformées en lettre. Donc, le
matin les trois premières lettres, dans le rêve on me disait (a ba da). J'ai reproduis ce que j'ai vu dans le rêve. Et
après, je suis parti voir mon père qui m'a dit que c'est le nom de Dieu en
soussou (a ba da). Il m'a dis que les soussous
appellent Dieu a ba da. C'est-à-dire a ba da mou kônyi bê. À ba da, c'est Dieu. Alors, il a fait des sacrifices et m'a
encouragé. Avec le temps, je continuais à voir. A mon tour, j'ai essayé de
faire parler ces alphabets conformément à ma langue maternelle. Chose qui m'a
permis aujourd'hui d'avoir les 26 lettres. J'ai essayé de faire parler cet
alphabet en soussou, a ba da veut dire Allah parce
que quand l'islam est venu, on a emprunté de l'arabe Allah. Alors j'ai continué
é fa djé, qui veut dire allah
tâa lâ fé
fanyi nâara ; ha i dji ka qui veut dire haa dji kanyi anoun
djigui kanyi na allah tâala nan na ; la ma na qui
signifie wo la manè nara ; sa ta o, veut dire saa takhoui naara ; wo yé veut dire wo wè yèn
; gbé yèngui veut dire wo gbé nan na yèngui
ra oun hahan qui veut dire wotin womou tin. Donc, les deux dernières lettres jouent le
rôle de médiane. Pour preuve, en soussou on dit nga,
ntara nkhoun ya.
Mais quand tu dis à quelqu'un est-ce tu as mangé, il te répond ouh, ça veut dire oui. Donc,
ici, il joue deux rôles, ouh en tant que mot, ouh en tant que sujet. Donc ce mot domine toutes les
interventions en langue soussou. Nkhoui
ça veut dire la langue de oui donc le contraire c'est hèhèn
et cela se prononce dans la gorge. C'est dire qu'il y a â il y a ah
ahah comme les arabes disent a è
alors que chez nous, il y a ah et il y a aa
aa qui signifie un refus. Ça veut dire aa dédé. Tu
peux remplacer par oouudé oouu remplace ici par un a tiré,
donc, ça devient ici une lettre. Mais quand tu dis tout court ahah ça veut dire un refus. Je dois vous dire
que c'est un travail qui m'a pris 33 ans. Je répète que c'est depuis 1979. Ça
n'a pas été facile. Il a fallu un grand sacrifice et une grande concentration.
A l'époque, c'était très dur. Avec mon courage et ma ténacité je suis resté dans
la logique. Mes amis m'appelaient constance parce que c'est depuis mon bas âge
jusqu'à l'université. J'ai travaillé avec constance et Dieu a voulu que
j'arrive à bout. Avec cet alphabet, j'ai édité le coran entier, j'ai édité le
syllabaire de cet alphabet, j'ai édité aussi un livre qui retrace l'histoire
des soussous appelé kèmèkiriya, c'est
dire les cents articles de l'empire Sosso. Aussi,
l'épopée de l'empire du Ghana, j'ai écris l'histoire d'un personnage très
important dans la communauté soussou qu'on appelle ta didi.
Vous savez ce personnage a dominé les contes et légendes
dans l'histoire des soussous, et le total fait 1012 contes, le tout est fait à
travers cette langue korésèbèli. Parlez-nous de la particularité de cet alphabet D'abord quand je faisais cet alphabet, je l'ai voulu national. Donc, j'ai
cherché à emprunter, à gagner, à aller au-delà de ma communauté pour que ça
devient une langue qui peut être transcrite dans toutes les langues nationales
du pays. C'est pourquoi vous trouvez là-bas Dji
et Dja, alors que dja
n'existe pas en soussous. Mais puisque mon souci est de trouver une
langue nationale, j'ai cherché à le mettre. Mais, les djalonkés
utilisent dja et les soussous ya. C'est
pourquoi, j'ai mis dja et ya.
J'ai utilisé des termes comme nghna
qui vient du guerzé, j'ai essayé de
rassembler tout le monde, toutes les ethnies du pays. C'est dire que chacun
peut vraiment transcrire valablement sans harmoniser. Je le dis bien sans
harmoniser. Quand j'ai écris le coran, j'étais obligé de l'harmoniser parce que
dans le coran, il y a des termes qui ne se trouvent pas dans nos langues
nationales. De ce côté, j'étais obligé d'harmoniser. Mais dans le souci de ne
pas faire beaucoup d'emprunt, j'ai préféré me concentré sur nos langues
nationales. Parlant de N'Ko, il faut retenir qu'en malinké par exemple, il n'y
a pas de kha, et pour l'écrire, il faut l'harmoniser, alors qu'en
soussou, il y a kha parce que c'est une langue à
clique qu'on parle à la gorge. Mais il y a ka dans la langue
soussou. Puisque les soussous disent Kaloum, kalabanté. Donc il y a ka et kha
en soussou. Cela m'a été bénéfique en me facilitant d'écrire en arabe parce que
les arabes parlent aussi à la gorge (kha et khoul).
Laisser moi vous dire que toutes les langues nationales de notre pays : (kissi, landouma, baga, guerzé, poular,
malinka
) peuvent s'écrire à travers Korésèbèli. Dans ce travail, j'ai pensé à la Guinée toute
entière d'abord avant de penser à ma communauté. Il y a également des chiffres
qui l'accompagnent. J'ai trouvé en fouillant dans nos traditions que les
soussous utilisaient des chiffres depuis plus de 1000 ans et qui s'appellent 'fendani'' ou fédakhiée qui
était utilisé dans le laga. A travers l'analyse, j'ai compris que c'était des
chiffres. Vous savez, les européens disaient que les africains ne savaient pas
compter. Cependant, ils comptaient de 1 à 10. On disait qu'ils ne connaissaient
pas le zéro. Mais, après analyse, j'ai su que les soussous connaissaient le
zéro qu'ils appellent fouyan. Ils le
transcrivaient par un signe en forme de cercle en mettant un point au milieu.
Ils appellent cela sé dé ra koto khi.
Donc imou sena
khan dé ra kotokhi i na kha a dèraba.
Il est aussi enseigné tout ce qu'on ne connait pas, c'est zéro. kira kérén, kiira tin khinkhi, pour parler de l'unicité. Dans cet
enseignement, il est dit gayin qui est
élève et séma le maitre.
Aussi, kiira kérén
khun saa khi taama. Donc, c'est pour vous dire que les soussous
savaient compter depuis longtemps et que les européens se sont trompés de dire
qu'il n'y avait rien comme patrimoine culturel en Afrique. Laga dans la
communauté soussou est cette école où l'on enseigne tout. Cette école transmet
le savoir, le secret, les mystères du monde aux jeunes initiés. Les soussous
considèrent le séma est
le maître qui à son tour est inspecté par celui qu'on appelle soumè c'est-à-dire le maître
des sémas. Et pour percer le secret des
soussous, il faut nécessairement passer par cette école. Vraiment, l'Afrique
est riche. Il suffit de se donner à fond et être animé de courage et de
conviction. Dieu me l'a fait savoir, j'ai cru en cette langue et aujourd'hui
cet alphabet Korésèbèli est national. Dites-nous ce que le département de l'alphabétisation pense de cet
alphabet? Quand j'ai fini le travail, c'est le ministre de la culture qui était en
place. Il n'y avait pas celui de l'alphabétisation. Donc, on a envoyé le
document au ministre Ahmed Tidjane Cissé de la Culture. Parce que nous estimons que c'est un
domaine de la culture. Mais pour ce qui est du ministère de l'Alphabétisation
et de la promotion des langues nationales, notre Académie est en train de
prendre des dispositions pour une remise officielle du document au ministre. Je
dois vous dire quand je suis allé voir le ministre de la Culture, il était très
content du travail et l'effort de notre Académie. Aujourd'hui, j'ai plus de 100
élèves qui ont maitrisé cet alphabet et qui sont entrain de promouvoir ce
savoir. A Conakry, j'ai créé des foyers un peu partout dans les cinq communes
et dans quelques préfectures de la Guinée. J'ai ouverts un autre en Jamaïque
via Takana Zion. Il y a
même des jamaïcains qui sont venus me rendre visite en Guinée. Il est fort
probable que j'effectue un voyage sur invitation de mes élèves de la Jamaïque.
Je dois vous dire qu'aujourd'hui, ce document se trouve dans certaines
bibliothèques aux Etats Unis, en France, grâce à un chercheur guinéen du nom de Amara Touré. Donc, nous sommes entrain de nous battre
dans le cadre de sa vulgarisation parce qu'il faut que l'Etat s'intéresse de
façon sincère efficace. Votre mot de la fin Je remercie le président de la République d'avoir reconduit le département
de l'alphabétisation et de la promotion des langues nationales. Je suis très
content. Cela me motive quand il dit qu'il faut revaloriser les langues
nationales. J'ai compris que le travail que je suis entrain de faire aura un
jour de la valeur. Je compte sur le département de l'alphabétisation et de la
promotion des langues nationales, mais aussi sur le gouvernement du Pr Alpha
Condé et au-delà sur tous les Guinéens. Nous sollicitons l'aide de tous pour
vulgariser cet acquis qu'est Korésèbèli. Réalisée par Amadou Diallo correspondant du
site «leguepard.net » en Guinée |
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