| La diaspora et l'investissement privé La diaspora et l'investissement privé | |
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Article publié par le 28 janvier 2012 à 11h8
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La diaspora et l'investissement privé C'est pour faire
plaisir à quelques internautes qui m'ont demandé de publier ma communication à
la Conférence-débat sur le rôle et la place de la diaspora pour le
développement socio-économique de la Guinée du 14 Janvier dernier[1],
que je le fais ici, en ayant fait quelques retouches, eu égard aux déclarations
de Patrice Kourouma, Conseiller du PRG pour les Guinéens de l'Extérieur,
présent également à cette réunion comme conférencier. Introduction On connaît désormais
la distinction entre l'origine des migrations guinéennes à l'étranger
(politique, puis économique), ce qui nous permet de distinguer les différentes
diasporas, des migrants temporaires. On connaît les bienfaits que la diaspora
en général[2], celle
de Guinée en particulier a apporté pour son pays. Des exemples vous ont été
montrés sur ce que la diaspora peut apporter. Même si on n'a pas évoqué la
diaspora chinoise ou indienne, de nombreuses études ont montré que ce sont
elles, qui ont dynamisé le décollage de la Chine, devenue aujourd'hui la
deuxième puissance économique mondiale en attendant mieux, et le développement
continu de la plus grande démocratie du monde. Après avoir rappelé
rapidement les problèmes entre la diaspora et l'État guinéen de manière générale
depuis 1958, j'essaierai de voir ce que ce nouveau régime fait concrètement
pour sa diaspora, puis je m'intéresserai particulièrement à des mesures
concrètes attendues de ce gouvernement pour développer la création de PME, tout
en évoquant ce que la diaspora peut faire elle-même de son côté pour favoriser
ces créations. Enfin je conclurai en expliquant la frilosité des investisseurs
privés à s'engager, tout en constatant des motifs d'optimisme pour un avenir
plus lointain. LES FACTEURS BLOQUANTS L'administration guinéenne n'est pas un
auxiliaire de développement au service de l'État, au regard des pays modernes.
Héritière de pratiques coloniales basées sur les notions de répression,
d'intimidation et d'infantilisation des administrés, l'État guinéen reste
encore fondamentalement bureaucratique et improductif. Les facteurs bloquants auxquels les Guinéens de
l'extérieur sont confrontés en Guinée sont invariablement : -
la corruption généralisée compromettant la moindre démarche
administrative, -
l'indifférence voire le mépris opposés, même pour les cas urgents, -
les tracasseries des forces de défense et de sécurité et de la douane, -
l'absentéisme chronique et les lenteurs administratives, -
le manque d'interlocuteurs crédibles pour les projets d'investissement. Faire de la
diaspora un vrai levier pour le développement du pays d'origine suppose une
vraie politique. Au lieu de critiquer (même s'il faut le faire pour d'autres
raisons) et de diaboliser les mesures prises par certains pays européens
vis-à-vis de l'immigration, il faut d'abord balayer devant sa porte. La diaspora peut
aider l'État guinéen à se réorganiser (à condition qu'il l'entende). Cela fait
partie des ambitions affichées par la diaspora, étant entendu que personne
n'ignore les nombreux dysfonctionnements de l'administration, dénoncés de
manière récurrente par les opérateurs économiques et les investisseurs
étrangers, dysfonctionnements qui affectent dangereusement le climat des
affaires et influent négativement sur le « risque pays[3]».
La diaspora dans sa diversité devrait pouvoir apporter, en lieu et place des
institutions financières internationales, son expertise pour accompagner l'État
guinéen dans sa quête de modernité et de crédibilité. CE QUE L'ÉTAT
GUINÉEN FAIT AUJOURD'HUI Des Portes ouvertes ont eu lieu
du 5 au 7 Septembre 2011 à Conakry pour présenter le nouveau Ministère délégué
chargé des Guinéens de l'étranger. Du 20 au 22 Octobre 2011, s'est
tenue toujours à Conakry, une Table ronde des investisseurs, organisée par ce
Ministère, en vue de poser la problématique de l'incitation à l'investissement
des Guinéens vivant hors de la Guinée. Des Guinéens jusque là exclus
(en témoigne leur non participation aux élections législatives par exemple,
même si rien n'est décidé encore, peut-on dire), qui pourtant, peuvent jouer
beaucoup dans le développement de la Guinée. Un pays de forte tradition
migratoire avec une population d'émigrés estimée à près de trois millions de
personnes[4], réparties sur tous les
continents. Il s'agit de mettre en œuvre
des échanges, axés sur la création de structures socio-économiques
fonctionnelles (banques, habitations, entreprises), pour faciliter, promouvoir
et protéger les investissements générés par les Guinéens de l'étranger. La nécessité de faire l'état
des lieux, de prendre en compte les préoccupations des Guinéens de l'étranger,
d'œuvrer à leur implication effective à la politique nationale de développement
économique, sociale et culturelle, devrait constituer l'une des priorités du
gouvernement. C'est ce qu'il fait, nous dit-on. Au cours de cette table ronde
de 3 jours, différentes communications ont été faites sur la structure du
Ministère délégué en charge des Guinéens de l'étranger : -
les opportunités d'investissement en Guinée (on
ignore où elles sont et pour qui ? Est-ce-à-dire qu'un entrepreneur ne peut pas
choisir son secteur d'activités ?), -
la problématique de la mobilisation des fonds de
la diaspora pour le financement du développement, un accord signé avec la
banque centrale du Maroc devant permettre aux Guinéens de faire venir leur
argent à moindre frais. Le conseiller du PRG a illustré que pour un transfert
de 3500, les frais ne seraient que de 8, dont 2 pour l'État guinéen. Le
problème est que si demain un Guinéen veut transférer 100 seulement, non
seulement on ignore le coût fixe (toujours 8 ?), mais surtout on ignore à
quelle banque il faut s'adresser pour le faire à ce coût (le conseiller n'a pas
répondu). -
l'adoption d'une politique d'acquisition de la
propriété foncière et du logement en leur faveur, un projet de construction de
30 000 logements avec une société de droit portugais du nom de « Madaleno »
existe (là encore, pas d'information précise, qu'achète t-on, où, comment et à
partir de quand ?), -
le logiciel de recensement des Guinéens de
l'étranger dans 111 pays, dont 33 pays européens et 44 africains (pourra t-on
recenser les 3 millions de Guinéens ?), -
la promotion et la protection des cadres
guinéens travaillant dans les organisations internationales, -
la mobilisation de l'intelligentsia guinéenne
(quand on veut séduire, on ne reste pas assis sur une chaise, mais on va au
devant d'elle), -
et surtout leur politique de rapatriement[5], d'insertion et/ou de
réinsertion. A la suite de cette table
ronde, s'est tenu à Conakry du 28 au 29 Décembre, le grand Forum des Guinéens
de l'étranger, qui n'a pas laissé de souvenir impérissable, car la presse en a
peu parlé sauf pour critiquer. Je ne sais donc pas ce qui s'y est passé
concrètement. Là encore, le service de presse devrait être plus performant. Ainsi un communiqué indique : «
ce forum consiste à mobiliser l'ensemble des commissions techniques autour
des préparatifs en matière de textes portant sur les procédures et les
règlements régissant les investissements des compatriotes de la diaspora en
Guinée. Les membres seront choisis parmi les délégués venant des 111 pays sur
la base du consensus des participants ». Cela signifie donc qu'on brasse beaucoup de vent,
mais au final qu'est ce qui est concret ? A titre personnel, je ne vais pas aborder les
problèmes spécifiques des Guinéens de l'extérieur, qui n'ont pas été abordés
jusqu'ici : -
une meilleure desserte par les compagnies aériennes à un prix
abordable, -
la problématique de l'état-civil (double nationalité par exemple), -
la création d'une structure bancaire spécifique (comptes en devises), -
les facilités d'accueil (visa, laissez-passer), d'information et
d'orientation, -
la protection sociale (une relecture des conventions bilatérales s'impose). Il faut néanmoins mettre en place
certaines mesures comme des mécanismes d'information, de conseil ou
d'orientation pour les candidats investisseurs, la création de fondations,
alimentées en partie par l'épargne des émigrés, pour financer des activités
sociales ou éducatives dans les pays d'origine. CE QUI EST ATTENDU DE l'ÉTAT EN MATIÈRE DE
CRÉATION DE PME La diaspora africaine a été désignée par l'UA
comme la 6ème région de l'Afrique. Je vais évoquer la diaspora et la
création de PME. Personne ne comprend que malgré les nombreuses compétences dont il
regorge, y compris à l'extérieur, notre pays par la faute de quelques uns, ne
sache pas créer les synergies nécessaires, aller au rythme des meilleurs, et
continuer à tirer la Guinée vers le bas. Ce qui veut surtout dire que la pauvreté augmente
en Guinée, en dépit d'un taux de croissance prévisionnel de 4%. La croissance
ne profite donc pas à la population mais à quelques uns. Elle n'a aucune
incidence sur le PIB par habitant. Pourtant la croissance économique est
le seul critère permettant à la Guinée de réussir un décollage économique, et
cela passe non pas par la gestion de la rente minière, ou la simple gestion
financière consistant à surveiller les taux d'inflation, de change et le
déficit, mais par une vision économique passant par la création de richesses,
et la meilleure façon d'y parvenir c'est l'entreprise privée. Ce qu'attendent les
entreprises, c'est de pouvoir mobiliser des collaborateurs compétents, bien
formés, de se développer dans un climat de confiance, sur la base de règles
administratives claires, stables, prévisibles. Ce qui compte, c'est que les
investisseurs, quelle que soit leur nationalité (y compris les Guinéens),
trouvent de bons motifs pour choisir de placer leurs capitaux dans des
entreprises implantées en Guinée. Pourquoi la
création d'entreprises ? La création d'entreprise est sans nul doute le chemin de
retour le plus difficile. En Guinée, la plupart des
entreprises privées du secteur formel sont des représentations de
multinationales étrangères. Cela présente des
avantages pour les Guinéens en termes de sécurité, mais de nombreux
inconvénients, car la valeur ajoutée repart à l'étranger. En effet, contrairement aux
investissements directs étrangers (IDE), les profits réalisés par les
entrepreneurs de la diaspora ne sortent pas du pays, mais restent en Guinée, où
ils peuvent être réinvestis dans des banques ou dépensés au profit de
l'économie locale. Le secteur privé local formel est
peu développé, il n'y a pas de transfert de technologie (y compris dans le
secteur minier), pas de production technologique (on n'invente rien, pourtant
les Guinéens ont de l'imagination) et pas d'énergie. Il faut développer le capitalisme familial qui
s'implante localement et inscrit son action dans la durée, voire le statut
coopératif ou mutualiste. Le problème
essentiel est que les gens n'ont pas d'emplois, qui sont devenus une denrée
rare, à tel point que certains ont même du mal à vouloir partager avec la
diaspora, parce qu'ils raisonnent en termes d'emplois publics, et pensent que
ceux-ci vont phagocyter tous ces emplois. Le népotisme (voire même le
communautarisme) constitue le mode d'accès privilégié à la fonction publique,
indépendamment des compétences. Personnellement, je pense même que les
problèmes vis-à-vis de la diaspora sont davantage liés à cet état de fait, qu'à
l'origine ethnique supposée des diaspos. En aidant à la création
d'entreprises, et en exploitant judicieusement les moyens financiers et humains[6] de sa
diaspora, la Guinée résoudrait de manière considérable ses problèmes de
développement. Ces moyens peuvent à n'en point douter contribuer à réduire
l'assistance et les aides diverses qui proviennent des pays riches et qui sont
sources d'endettement. Fort de cela, la Guinée gagnerait à attirer au maximum
l'épargne de la diaspora. Cette épargne peut être orientée vers des
investissements productifs créateurs de valeurs ajoutées. En cela, le
gouvernement doit prendre des mesures incitatives qui favorisent l'apport des
contributions diverses de la diaspora (voir ci-après). Il faut copier ce
qui marche (benchmarking), et non le combattre. Un exemple célèbre de
ce type d'entrepreneur : le milliardaire soudanais, membre de la diaspora
anglaise, Mo Ibrahim qui a fondé la compagnie de téléphonie mobile Celtel[7],
devenue depuis l'une des plus grandes entreprises africaines. Comment l'État
peut-il susciter la création d'emplois par la diaspora ? D'abord une vitrine Une politique en faveur de la diaspora doit être mise
sur pied. La face visible de cette politique peut être l'insertion dans
l'organigramme du Ministère des Affaires étrangères, d'une direction - si
possible composée de diaspos - qui se consacrera entièrement aux problèmes de
la diaspora (30% de la population). Il existe un Ministère de l'artisanat alors
qu'il n'y a pas 30% d'artisans en Guinée, on pourrait même envisager la
création d'un Ministère plein en charge de la diaspora, en fonction de
l'évolution des contributions et de l'importance de celle-ci. L'avantage d'une
telle mesure est qu'elle permettra de faciliter la réintégration des membres de
la diaspora. Le gouvernement envisage la création d'un Haut
Conseil des Guinéens de l'Extérieur[8]. Ça
c'est pour la partie visible. Pour les entrepreneurs
proprement dit, la création d'un interlocuteur
unique pour ces entreprises au sein dudit ministère, serait une
initiative intéressante à louer. Cela permettrait de simplifier
l'enregistrement et la réglementation relative aux entreprises en Guinée. Mais l'entrepreneuriat ne
devrait pas être institutionnalisé, les entrepreneurs étant individualistes, et
ne sont pas intéressés par les discours et les plateformes où les gens ne font
que parler. Un statut fiscal
particulier Accorder la double nationalité
aux membres de la diaspora, faciliterait la mobilité en diminuant les
tracasseries administratives (laisser passer et visa), tout en permettant des
exonérations liées à l'origine nationale ou étrangère de l'entreprise. De même, contrairement au
statut fiscal particulier de l'artisan qui paie généralement un forfait, on
pourrait accorder aux PME des allègements fiscaux liés à la création d'emplois
de longue durée, l'investissement dans des technologies propres etc... Cela
pourrait même aller jusqu'à l'exonération complète jusqu'à ce que son activité
génère de la richesse, surtout dans la mesure où il crée de l'emploi de longue
durée, car il faut avoir en ligne de mire ce qui est important : créer des
emplois ou engraisser une fonction publique improductive ? Le financement On a vu précédemment que les
transferts financiers sont souvent des dépenses de consommation (environ la
moitié va vers l'immobilier), et peu vers l'investissement. Quand cela arrive,
c'est surtout vers les secteurs de l'économie sociale, la santé et l'éducation. Pour démarrer une entreprise,
il faut souvent trouver le financement de départ. En Guinée, les possibilités
d'accès aux capitaux à risque sont rares[9], sinon inexistantes. Les
microcrédits servent au démarrage de micros entreprises familiales et ne sont
pas supposés financer des PME qui exigent des investissements plus importants.
Quant aux banques, avant de prêter de l'argent, elles exigent des garanties que
la plupart des immigrés n'ont pas. Bien sur, il est toujours possible pour l'État de
créer un Fonds spécial (avec défiscalisation des placements d'argent
de la diaspora par exemple) ou des caisses de crédit auxquels les entrepreneurs de la diaspora
auraient accès dans leur pays d'accueil pour monter des PME en Guinée. Mais
laissons les entrepreneurs être des entrepreneurs, de préférence sans
interférence de l'État. Mais si l'État participe et intervient avec des fonds
d'investissement, voulant montrer l'exemple en sachant prendre des risques, il
devrait rester en dehors des aspects opérationnels de l'entreprise. Dans l'UE, des intervenants privés comme les banques
et des institutions publiques fournissent des aides aux entreprises,
gratuitement ou à travers des subsides. C'est pourquoi, il est toujours
possible de développer un programme d'appui au développement des entreprises,
sous forme de « couveuses » ou « pépinières d'entreprises[10]».
Des projets britanniques et néerlandais par exemple, aident à démarrer une
activité ou à financer une entreprise déjà existante dans leur pays d'origine. CE QUE PEUT FAIRE LA DIASPORA EN MATIÈRE DE
CRÉATION DE PME Comment les
entrepreneurs de la diaspora peuvent-ils contribuer à créer des emplois et à
favoriser la croissance économique dans leurs pays d'origine ? Même lorsque la conjoncture en matière d'affaires
et d'investissements est défavorable, les migrants affichent souvent une
propension comparativement plus marquée à investir dans leur pays d'origine.
Une analyse presque systématique de programmes et d'expériences acquises montre
l'encouragement à l'investissement privé de la diaspora, soit sous forme de
création d'entreprise, d'investissement privé direct ou de portefeuille. Des créations ou assistance à
la création d'entreprise On peut
subventionner le capital initial pour la création d'entreprise, voire
instaurer un fonds garantie des crédits
(capital-risque, capital-développement, business-angels, cabinets conseils). Des
formations, voire d'autres services de développement d'entreprise (aide à l'élaboration du
business plan, aide au développement de partenariats technologiques ou
commerciaux) peuvent voir le jour. L'aide technique apportée aux
entrepreneurs migrants doit donc prendre ces éléments en considération et tenir
compte des risques posés par les investissements non économiques et les
entreprises qui font faillite. L'implication économique des migrants est motivée par leur engagement
social et émotionnel envers leur communauté d'origine, ce qui les incite
souvent à prendre des décisions économiquement déraisonnables. Le mentorat («
mentoring ») permet à la diaspora de se porter volontaires pour promouvoir le
développement économique de leur pays d'origine tout en restant à l'étranger.
Les acteurs intéressés peuvent agir en tant que mentors et partager leur
savoir-faire en matière de gestion avec des entrepreneurs en Guinée, facilitant
ainsi le développement d'entreprise (l'utilisation d'une plate-forme virtuelle
sur Internet facilite le mentorat en permettant aux mentors, ainsi qu'aux
mentorés de travailler depuis leur bureau et d'organiser ce même parrainage en
fonction de leurs engagements préalables). Investissements directs et de
portefeuille Des
investissements directs (levée des fonds des migrants) peuvent être
réalisés, par exemple dans le tourisme, car la diaspora constitue une double
cible, étant potentiellement consommatrice de l'offre touristique et
investisseuse. De même les micro-entreprises féminines reçoivent des
informations nécessaires et la formation technique pertinente, pour se
consacrer à leur projet et diriger leur propre entreprise, l'objectif étant de devenir économiquement indépendants. De même, en agissant seul ou en
petit groupe, selon des affinités professionnelles ou personnelles,
certains membres de la diaspora peuvent créer avec les investisseurs des joint-ventures. Le gouvernement guinéen a décidé la
possibilité de monter au capital des sociétés minières à hauteur de 35%. Non
seulement la diaspora pourrait être sollicitée pour ses moyens financiers, mais
également pour son expertise, car en participant au Conseil d'administration,
elle pourrait non seulement défendre ses intérêts propres, mais prendre
également en compte les intérêts du pays, ce que ne feront jamais des
investisseurs étrangers. Des
investissements de portefeuille ne seront utilisés qu'avec parcimonie
afin d'utiliser l'épargne de la diaspora en vue de favoriser le développement
économique de la Guinée. Ils se situent dans la lignée des obligations de la
diaspora (« Diaspora bonds ») israéliennes, dont les premières ont été émises
en 1951. La contribution de la diaspora se limite à un investissement en
capital, et les « obligations » génèrent un retour sur investissement élevé,
tout en permettant à l'État émetteur d'investir dans des projets d'envergure
dans le secteur public, dopant ainsi l'économie. Chaque partie retire ainsi un
bénéfice, ce qui fait de ces obligations une véritable réussite. Les «
obligations de la diaspora » permettent ainsi de réunir des fonds lorsque
l'accès aux marchés financiers est difficile. Les facteurs identifiés comme
étant essentiels au succès des investissements de portefeuille tiennent à une
diaspora de taille suffisante, à un système juridique solide et transparent
ainsi qu'à l'absence de toute dissension civile dans le pays émetteur et à la
présence de banques et autres institutions nationales dans les pays de destination. Pour en
arriver à ce stade, il faudra non seulement respecter les conditions précitées,
mais également une véritable « révolution » des méthodes de la BCRG. La
privatisation d'entreprises détenues par l'État constitue une situation
spéciale dans laquelle la
diaspora est ciblée en tant qu'investisseur afin d'éviter la vente
d'entreprises nationales à des sociétés étrangères (c'est ce qui s'est passé en
Sierra Leone avec
l'initiative du Direct Expatriate Nationals Investment DENI - par exemple). Autres contributions de la
diaspora au développement du secteur privé Le volontariat : la diaspora pourrait mettre en place des « volontaires du
progrès » en Guinée pour permettre à des jeunes Guinéens qui ne connaissent pas
le pays, d'aller apporter leurs compétences pendant un maximum de 24 mois. L'association
Educetera (http://www.educetera.org) par exemple, facilite la participation des
intellectuels guinéens à l'éducation dans les établissements d'enseignement en
Guinée. A l'occasion de séjours en
Guinée, des milliers de Guinéens vivant à l'étranger participent bénévolement à la formation de leurs compatriotes restés en
Guinée (de deux heures à 50 heures, voire plus,
ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières). Le
mercato permanent : de même qu'on débauche des joueurs de foot
professionnels, on pourrait débaucher de hauts potentiels guinéens en Occident,
pour les inciter à revenir apporter leur pierre à l'édifice guinéen. Et ce
n'est pas qu'une question d'argent. De nombreux Indiens, y compris dans des
activités de pointe, quittent la Californie par exemple, pour rentrer en Inde
avec des salaires moindres, tout en gardant un pouvoir d'achat équivalent. Mais
ils participent grandement à l'essor du pays. CONCLUSION Pourquoi
l'investissement privé se fait frileux Généralement les
obstacles à l'investissement privé, sont liés à l'environnement des affaires et
la justice, mais également au manque d'infrastructures et d'une main d'œuvre
qualifiée. La France que la Guinée
a imitée, pratique l'interventionnisme économique. Le pouvoir entend peser sur
la vie des entreprises et orienter leurs choix stratégiques. Les postures ont
évolué selon les républiques, allant de la nationalisation des secteurs
déterminants à des formes allégées se contentant de prises de participation
directes, de subventions, d'avantages fiscaux (exonérations) et de commandes
publiques. Dans tous les cas, les résultats ont été décevants. Coûteux, ils ont
très rarement atteint leurs objectifs, même si les contextes de crise
autorisent toutefois l'intervention de la puissance publique. Si l'on excepte les
investissements d'État chinois annoncés depuis 2010, il faut constater que les
investisseurs privés, malgré les déclarations exagérément optimistes
gouvernementales, ne se bousculent pas au portillon, en témoigne les
investissements réels réalisés. Le problème essentiel est constitué par le fait
que les entrepreneurs n'ont aucune garantie d'exercice (bail de la ferme avicole supprimé par décret, annulation d'un
contrat international). Personne ne veut voir le fruit de son travail partir en
fumée, sur la simple lubie d'un individu, quand bien même il serait chef d'un
État (ce qu'on appelle le « fait du prince »). Ces décisions qu'on pourrait
qualifier de « péchés originels » vont peser lourds, si on les couple avec
l'image d'un passé communisant du chef de l'État, et la réalité présente, peu
favorable à l'investissement privé, en dehors des grands projets. Pour ce qui
concerne la justice, l'incompétence d'attribution (à ne pas confondre avec
l'incompétence intellectuelle) n'empêche pas certains magistrats de rendre des
jugements dans des domaines où ils ne devraient pas intervenir, ou de rendre
des décisions complètement incohérentes. Le manque d'infrastructures
(y compris énergétiques) constitue un handicap difficilement surmontable, et
l'absence de main d'œuvre qualifiée peut se compenser au moins partiellement
à condition d'inclure celle de la diaspora. Des motifs d'espoir Deux idées pour
conclure : ma conviction est qu'il faut construire une
société du bas vers le haut et non du haut vers le bas. Depuis 50 ans,
les dirigeants se sont davantage préoccupés de leur situation personnelle, que
de celle des Guinéens. Ils n'ont pas hésité à éliminer y compris physiquement
des adversaires, considérant que beaucoup de choses étaient permises, sauf «
lorgner » le fauteuil présidentiel. Pour permettre d'élargir les champs du
possible, la création et le développement d'une élite économique ferait d'une pierre
deux coups. Tout en permettant le décollage économique de la Guinée, elle
canaliserait les ambitions de nombreux Guinéens, qui ne voient pas forcément la
politique comme un moyen de s'enrichir (contrairement à certains), mais comme
un moyen de pouvoir imposer la liberté réelle d'entreprendre au sens large
(éviter le racket notamment). Si beaucoup s'intéressent aux affaires parce
qu'ils y ont une liberté réelle, ils se désintéresseront volontairement de la
politique. Deuxième
idée : combien y a t-il d'écoles de commerce en Guinée
? Il faut investir dans le capital humain de manière générale, car c'est la
première richesse (la seule à vrai dire) du pays, et notamment pour former des
personnes capables d'entrepreneuriat. J'ai enseigné six mois à Poly, et j'en ai
tiré des motifs de satisfaction et d'optimisme inoubliables. Sans vouloir
paraître prétentieux, j'ai constaté que c'est le manque de méthodes
rationnelles et cohérentes qui posent problème en Guinée. Les Guinéens ne sont
évidemment pas plus bêtes que les autres, mais on ne leur montre pas forcément
les manières les plus efficaces pour s'en sortir. En interne, c'est le règne de
la médiocratie, et l'assistance extérieure ne cherche pas non plus à se créer
des concurrents, tout comme on ne favorise pas forcément le retour des plus
méritants, d'une part pour exploiter leurs compétences à l'étranger, et d'autre
part pour empêcher l'avènement de concurrents, susceptibles de leur « tailler
des croupières » à terme dans le commerce international. Gandhi, citoyen guinéen « Dans tout État libre, chaque
citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la
moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la
liberté de la presse, Mai 1791). [1] Organisé
à paris par l'Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF). [2] En
2010, les transferts d'argent vers leur pays d'origine des Africains résidant
hors du continent seraient de 21,5 milliard de $, selon un rapport de la Banque
mondiale. [3] La
lettre D, la plus mauvaise, ou une moyenne de 6/7. Sur
ce dernier point, on sait que le « risque pays » pèse toujours pour beaucoup
dans toute décision d'investissement et constitue à plus d'un titre, l'un des
critères permettant de mesurer la crédibilité d'un pays. De plus, comment
peut-on espérer, dans le contexte guinéen actuel, attirer de nouveaux
investisseurs ou même maintenir ceux déjà sur place ?
Par exemple 7/7 en matière de fait du prince. [4] Petit
paradoxe, seuls 100 000 personnes de cette diaspora ont été autorisées à voter
aux dernières présidentielles de 2010. [5] Il
est inacceptable que certains hauts fonctionnaires du pays signent des
conventions de rapatriement de Guinéens contre de l'argent. [6] Il
devrait être possible d'inclure des diaspos dans le Conseil Économique et
Social pour y faire de la prospective. [7] Rachetée en 2005 par la société koweitienne Zain. [8] Ce sera une
administration, dont je suppose qu'elle possèdera des bureaux, mais qui ne
fonctionnera pas comme il se doit, parce qu'il a été créé de toutes pièces. [9] Il faut plutôt regarder du
côté des investisseurs privés/institutions financières. [10] Accès
à des espaces de bureaux de grande qualité et des facilités TIC, à des services
d'assistance juridique, financière, TIC et en ressources humaines, ainsi qu'à
une série de formations pour entreprises basées sur des normes éthiques. |
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