SIDYA TOURÉ : ADIEU À UN AMI, ADIEU À UN HOMME D’ÉTAT

Il est des nouvelles que l’on voudrait ne jamais entendre. Des nouvelles devant lesquelles les mots deviennent soudain pauvres, dérisoires, presque inutiles.
La disparition de Sidya Touré est pour moi l’une de celles-là.
Aujourd’hui, je ne veux pas seulement rendre hommage à l’ancien Premier ministre de la République de Guinée, à l’homme politique, à l’économiste ou au dirigeant de l’UFR.
Je veux d’abord dire adieu à un ami.
Un homme que j’ai connu, estimé et respecté. Un homme avec lequel j’ai partagé cette préoccupation qui ne nous a jamais véritablement quittés : la Guinée, son avenir et le sort de son peuple.
Sidya appartenait à cette génération de Guinéens pour laquelle servir l’État devait avoir un sens. Il avait connu les responsabilités au plus haut niveau et savait ce qu’elles exigeaient : du travail, de la méthode, de la rigueur et une certaine idée de l’intérêt général.
Son passage à la Primature, de 1996 à 1999, restera associé à une volonté de remettre de l’ordre dans les finances publiques, de réorganiser l’administration et d’améliorer les services essentiels. Mais une carrière publique ne se résume jamais à quelques années passées au gouvernement.
Après la Primature vint le temps du combat politique, de l’opposition, des élections, des désillusions, des épreuves et finalement de l’éloignement de cette Guinée qu’il n’avait pourtant jamais cessé de regarder.
Nous pouvions être d’accord sur certaines choses et avoir des appréciations différentes sur d’autres. C’est aussi cela, l’amitié entre hommes libres : ne pas avoir besoin de penser exactement la même chose pour se respecter profondément.
Aujourd’hui, ces divergences éventuelles deviennent bien petites devant l’essentiel.
Un ami vient de partir.
Et avec Sidya Touré disparaît aussi un témoin de plusieurs décennies de notre histoire nationale, un homme qui aura connu les sommets de l’État, les difficultés de l’opposition et les blessures d’une vie politique guinéenne trop souvent impitoyable.
Il rêvait, comme tant d’entre nous, d’une Guinée gouvernée autrement : une Guinée où la compétence ne serait pas suspecte, où l’État serait réellement au service du citoyen, où la politique cesserait d’être une guerre permanente entre Guinéens.
Il n’aura malheureusement pas vu cette Guinée-là.
Et c’est peut-être cela qui rend son départ encore plus douloureux.
Cher Sidya,
Nous avons parlé de la Guinée.
Nous avons espéré pour elle.
Nous nous sommes parfois indignés pour elle.
Nous avons certainement rêvé d’elle meilleure qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Tu pars sans avoir vu s’accomplir toutes ces espérances.
Mais les hommes passent et ce qu’ils ont semé demeure.
L’Histoire, avec le recul nécessaire, dira ce que fut ton action politique. Elle dressera ton bilan, avec ses réussites, ses limites et ses combats. C’est son rôle.
Moi, aujourd’hui, je veux simplement conserver le souvenir de l’ami, de l’homme de conviction et du compatriote profondément attaché à son pays.
À ta famille, à tes proches, à tes compagnons et à tous ceux que ton départ plonge aujourd’hui dans la douleur, j’adresse mes condoléances les plus attristées.
Et à toi, mon cher Sidya, je dis simplement :
Adieu, mon ami.
Que la terre te soit légère.
Que Dieu t’accueille dans Sa miséricorde.
Et puisse la Guinée pour laquelle tu as tant espéré apprendre un jour à honorer ses serviteurs non seulement lorsqu’ils disparaissent, mais aussi lorsqu’ils sont encore parmi nous.
Repose en paix, Sidya Touré.
Un ami qui ne t’oubliera pas.
DR ABDOUL BALDE










