GUINÉE : À LA CROISÉE DES CHEMINS- DE SÉKOU TOURÉ AU CNRD, UN CYCLE SANS FIN

Depuis 1958, la Guinée vit dans un cycle politique fermé, fait d’autoritarisme, de répression, d’espoirs trahis et de transition avortées. Ce cycle semble aujourd’hui atteindre un point critique avec le Comité National du Rassemblement pour le Développement (C.N.R. D), au pouvoir depuis le coup d’État du 5 septembre 2021.Porté par le colonel Mamadi Doumbouya, ce régime se réclame ouvertement de l’héritage du Parti Démocratique de Guinée. Or, cette filiation symbolique interroge profondément sur direction prise par la Guinée : le pays est aujourd’hui à la croisée des chemins. Ça passe…ou ça casse.
UNE CONTINUITÉ HISTORIQUE D’AUTORITARISME
Depuis l’indépendance, le rêve guinéen d’un État fort, juste et prospère a été systématiquement dévoyé. Sous Sékou Touré, le PDG instaura un régime de parti unique marqué par une centralisation extrême du pouvoir, la répression des opposants, la paranoïa sécuritaire et l’économie dirigée.
Ce fut la genèse de l’État-prison, où toute dissidence était assimilée à une trahison. Des milliers de Guinéens périrent dans les geôles de la dictature, notamment à la tristement célèbre prison du Camp Boiro.
Après sa mort en 1984, l’espoir d’un renouveau démocratique a été rapidement douché par la prise de pouvoir du Général Conté. Son règne de 24 ans prolongea les dérives autoritaires sous une façade multipartite. Corruption endémique, népotisme, brutalité policière et pauvreté rythmèrent ce règne.
La transition qui suivit sa mort fut confisquée par une autre junte, celle du CNDD dirigée par Moussa Dadis Camara, dont les méthodes brutales culminèrent dans les massacres et viols du 28 septembre 2009.
ALPHA CONDÉ : LA PROMESSE TRAHIE
L’élection d’Alpha Condé en 2010 premier président « issu de l’opposition suscita un immense espoir. Mais très vite, ce professeur de droit montra qu’il n’est pas différent de ses prédécesseurs. Concentration du pouvoir, manipulations constitutionnelles, clientélisme ethnique et répression sanglante jalonnèrent son règne. Le coup de force constitutionnel de 2020 visant à briguer un troisième mandat, fut la goutte d’eau de trop pour une large partie de la population.
LE CNRD : LA BOUCLE EST-ELLE BOUCLÉE ?
Le septembre 2021, Alpha Condé est renversé par un Coup d’Etat militaire. Le CNRD s’installe au pouvoir avec un discours de rupture : restauration de l’État, refondation, moralisation de la gestion publique. Mais très vite, les actes trahirent les intentions.
Trois ans plus tard, le régime de Mamadi Doumbouya montre des signes évidents de dérives autoritaires : militarisation de l’État, arrestations arbitraires, restriction des libertés, répression de la presse et musellement de la société civile.
Le discours messianique du CNRD, évoquant le combat pour « la souveraineté » et la « refondation, s’appuie sur une rhétorique populiste et nationaliste digne des années 1960.
Le parallèle assumé avec le PDG DE SÉKOU TOURÉ n’est pas innocent. Il traduit un projet politique fondé sur le culte du chef, l’opacité, l’hostilité aux contre-pouvoirs et le refus du pluralisme réel. Le retour de certains symboles du régime de Sékou Touré (discours, hommages et slogans) n’est pas anecdotique : il illustre une volonté de restaurer un État autoritaire « fort », au mépris des acquis démocratiques.
UNE SOCIETE EXSANGUE, UN AVENIR INCERTAIN
Aujourd’hui, la Guinée est à genoux : une économie paralysée une pauvreté galopante, un exode de la jeunesse et, un isolement diplomatique croissant. Le projet Simandou, censé incarner l’avenir économique du pays, est instrumentalisé par la junte comme outil de propagande. Le soi-disant plan « GUINÉE 2040 » n’est qu’un paravent technocratique masquant un pillage en règle des ressources par des cercles opaques proches du pouvoir.
Face à cela, la population guinéenne semble osciller entre résignation, peur, et révolte contenue. Les forces politiques sont désorganisées ou neutralisées. Les voix critiques sont bâillonnées. Et les partenaires internationaux, tétanisés par le chantage à la stabilité, observent sans agir.
CONCLUSION : ÇA PASSE OÙ ÇA CASSE
La Guinée vit un moment charnière. Soit elle parvient à briser enfin ce cycle infernal de régimes autoritaires déguisés en sauveurs ; soit elle replonge dans une spirale de violence, de dictature et de chaos.
Le discours martial du CNRD, son culte du secret, son rejet de toute transition réelle vers un pouvoir civil démocratique, ne laissent guère de place à l’optimisme.
Mais l’histoire enseigne que les peuples finissent toujours par avoir le dernier mot. La Guinée n’est pas condamnée à l’éternel recommencement. Mais pour cela, il faut une prise de conscience nationale, un sursaut civique, et une mobilisation pacifique mais ferme. Il faut que la société civile, les intellectuels, la diaspora, et les forces politiques patriotes reprennent l’initiative.
La Guinée est à la croisée des chemins. Il est temps de choisir : la rupture…ou l’effondrement.
Dr. ABDOUL BALDÉ















