GUINÉE : LUTTES FEUTRÉES AU SOMMET DU C.N.R.D, L’ÉQUILIBRE PRÉCAIRE D’UN POUVOIR AUX ABOIS.

Par-delà les discours martiaux et les postures patriotiques, un jeu de pouvoir subtil, mais redoutable, se déploie au sommet de l’État guinéen.
Depuis la nomination de Bah Oury comme Premier ministre en février 2024, les équilibres internes du CNRD vacillent sous le poids des ambitions contradictoires, des loyautés fragiles et des rivalités masquées.
Mamadi Doumbouya, chef de la junte, reste l’homme fort, mais son autorité, quoique toujours redoutée, est désormais de tensions internes. En façade, il donne l’image du commandement vertical et infaillible, mais derrière les rideaux de la présidence, le centre de gravité du pouvoir se fragmente.
• AMARA CAMARA, le secrétaire général devenu vice-roi
En coulisses, Amara Camara véritable éminence grise du régime, tisse inlassablement sa toile. Il est l’artisan silencieux de la stratégie de légitimation du CNRD sur la scène internationale. Il contrôle les flux d’information, orchestre les alliances dans l’ombre et verrouille l’accès Général-Président. Certains à Conakry le surnomme « le dauphin masqué ». Pour d’autres, il incarne l’homme de Paris, de certains réseaux économiques et sécuritaires français, au service d’un agenda qui dépasse les frontières guinéennes.
• BAH OURY, le Premier ministre sous surveillance
Sa nomination a été perçue comme une tentative d’ouverture politique ou, du moins, une manœuvre habile pour contenir l’opposition intérieure et internationale. Mais le Premier ministre n’est qu’un fusible utile. Ecartelé entre son désir de jouer un rôle historique dans la transition et les limites imposées par l’armée, il incarne une cohabitation contrainte. Ses appels au dialogue, à la justice transitionnelle ou à la réforme électorale sont constamment désamorcés ou instrumentalisés.
Son autorité est cernée, son espace d’action balisé. Il parle au nom d’un gouvernement qui n’a ni les coudées franches ni les moyens politiques d’agir.
• BALA SAMOURA, le glaive silencieux
À l’arrière-plan, le Général Bala Samoura, chef de la justice militaire veille. Bras armé du système, il incarne la logique de contrôle, d’intimidation et de répression. Proche du noyau dur du CNRD, il est le garant d’un ordre militaire intraitable, celui qui tient les leviers de coercition.
Ses réseaux dans les forces de défense et de sécurité font de lui un acteur décisif, notamment dans la neutralisation préventive de toute dissidence interne.
• Ce qui se joue : recomposition, méfiance et lutte de succession
Le véritable enjeu au sommet du pouvoir guinéen aujourd’hui est la préparation de l’après-Doumbouya, qu’il parte dans un an ou qu’il cherche à rester par des voies détournées.
Des rivalités larvées sont déjà installées ente AMARA Camara, dont l’influence est devenue envahissante, et certains officiers du CNRD méfiant de sa proximité avec les cercles occidentaux.
BAH OURY, isolé mais encore porteur d’un espoir civil, pourrait être sacrifié à la moindre turbulence.
Bala SAMOURA, lui, reste le garant de l’ordre établi, l’homme de la continuité par la force si nécessaire.
Le pouvoir de Caporal-chef Doumbouya ne repose plus seulement sur sa légitimité militaire initiale, mais sur un équilibre instable entre intérêts divergents.
Ce qui se joue actuellement, c’est la bataille des héritiers, la méfiance des factions, et la mise en scène d’une transition de plus en plus illusoire.
Pendant ce temps, le peuple attend, déçu, trahi une fois encore. Les dés semblent jetés, mais la partie est loin d’être terminée.
Dr ABDOUL BALDE














