GUINÉE / LA GESTION À LA MITOSE DU CNRD : COMMENT LA GUINÉE A ÉTÉ LIVRÉE À DES AVENTURIERS SORTIS DE NULLE PART

Depuis le coup d’État du septembre 2021, le CNRD ne gouverne pas : il distribue. Ce n’est pas un État qu’il construit, c’est un gâteau qu’il découpe en part de plus en plus petites, de plus en plus rapides, de plus en plus injustifiables. Le pouvoir est géré à la manière d’une mitose cellulaire incontrôlée, où les centres de décisions se multiplient pour mieux fragmenter la responsabilité, et mieux organiser l’oubli.
Ce qui se passe en Guinée depuis un peu plus de trois ans maintenant n’est pas une simple mauvaise gestion. C’est une reconfiguration délibérée de l’Etat en machine à récompenser les fidèles, les courtisans, les opportunistes. Des bandits politiques, des parasites en uniforme, des personnages sans histoire ni honneur qui ont émergé du néant pour devenir les nouveaux maitres du pays.
QUAND L’ÉTAT DEVIENT UNE PRIME DE FIDÉLITÉ
Au sommet du pouvoir, plus rien ne repose sur des institutions. Tout est affaire de loyauté, de proximité, de capacité à flatter. Les appels d’offres sont devenus facultatifs, les audits inexistants, les budgets introuvables.
L’argent public coule, mais par vers les écoles, ni vers les hôpitaux, encore moins vers l’agriculture.
Non. Il coule vers des circuits opaques, entre les mains de nouveaux prédateurs improvisés ministres, DG, conseillers envoyés spéciaux ou coordonnateurs stratégiques.
Tous ont un point commun : ils sont sortis de nulle part, mais ils savent à qui ils doivent leur ascension.
DES VISAGES INCONNUS, DES FORTUNES INSTANTANÉES
Le phénomène est connu dans les dictatures : dès que la parole est confisquée, l’argent devient le seul langage. Mais ici, c’est poussé à l’extrême. On voit apparaitre des fortunes fulgurantes, des villas surgies du vide, des comptes bancaires qui explosent en six mois. On assiste, sans surprise mais avec colère, à la naissance d’une nouvelle bourgeoisie militaro-affairiste, sans culture, sans vision, sans légitimité.
Certains étaient des chômeurs ou simples agents administratifs voire des petits caporaux hier, aujourd’hui ils sont multimillionnaires, distributeurs de postes, parrains d’opérations économiques bidons.
Ils ne dirigent pas : ils se servent. Ils ne construisent pas : ils encaissent.
L’ARGENT PUBLIC, BUTIN DE GUERRE
Le CNRD a transformé l’Etat en prime. Chaque poste devient une récompense. Chaque contrat une faveur. Chaque ministère un marché captif. L’atlantique, pendant que le peuple serre la ceinture, pendant que les jeunes se noient dans l’atlantique ou pourrissent dans les ghettos d’exil pendant que enseignants dorment sous les arbres.
L’État est devenu un camp de pillage à ciel ouvert. Le caporal-chef légionnaire Doumbouya parle de fierté, dé souveraineté, de refondation. Mais dans les faits, il préside une entreprise de prédation collective, tenue par des homme sans boussole, sans morale sans projet.
UNE DIVISION QUI PRÉPARE L’EFFONDREMENT
À force de distribuer le pouvoir comme des miettes à ses affidés, le système CNRD se fragmente à l’intérieur. On assiste à des conflits de clans, des rivalités entre protégés, des tensions sur fond d’argent mal partagés. Et c’est toute la République qui paie le prix de cette gestion toxique.
Cette « mitose du pouvoir » n’est pas le signe d’une gouvernance moderne ou décentralisée. C’est le symptôme d’un État qui se désintègre, rongé par l’avidité, miné par le clientélisme, et vidé de toute colonne vertébrale.
CONCLUSION : Une génération volée, Une république trahie
J’écris cette tribune avec colère mais aussi avec responsabilité Car le silence serait complice.
Ce qui se passe aujourd’hui en Guinée n’est pas une dérive isolée : c’est une stratégie. Le CNRD ne gouverne pas mal :il gouverne contre. Contre la transparence, contre la compétence, contre le bien commun.
Il faudra bien, tôt ou tard, faire face à cette vérité brutale :la Guinée est dirigée par une armée de fossoyeurs, sans foi ni loi, qui ont troqué le projet national contre le pillage méthodique des ressources contre le partage indécent d’un pays blessé.
Mais un peuple peut être fatigué, jamais définitivement vaincu. L’histoire jugera. Et la mémoire collective saura nommer ceux qui ont livré la Guinée aux mains d’aventuriers sans visage ni avenir.
Dr. Abdoul BALDÉ













