GUINÉE : QUAND L’ÉTAT VACILLE SOUS L’OMBRE DU NARCOTRAFIC

Depuis le coup d’Etat du 5 septembre 2021, la Guinée vit sous le règne d’un pouvoir militaire qui s’était engagé à restaurer l’éthique républicaine et à bâtir un Etat exemplaire. Trois ans après, cette promesse s’est effondrée. Pire, le pays semble glisser silencieusement dans une dérive inquiétante, à la croisée de l’autoritarisme, du pillage économique et plus alarmant encore de la criminalisation du pouvoir.
Le Groupement des Forces Spéciales (GFS), fer de lance de la junte au pouvoir, est aujourd’hui au cœur de nombreuses interrogations. Plusieurs sources concordantes, aussi bien locales qu’étrangères, alertent sur une possible infiltration des circuits de narcotrafic jusque dans les cercles les plus proches de l’État. La Guinée, à l’instar d’autres pays de la sous-région, serait en passe de devenir un carrefour stratégique pour le transit de drogues en provenance d’Amérique latine.
Une militarisation au service de réseaux opaques ?
Sous l’apparence de l’ordre et de la discipline militaire, c’est un système verrouillé qui s’est mis en place : hypercentralisé, opaque, et peu enclin à la reddition des comptes. Les ports, les douanes, les corridors logistiques et les forces de sécurité sont aujourd’hui contrôlés par une élite issue du GFS, dans un climat de plus en plus marqué par la peur et l’omerta.
Plusieurs analystes s’inquiètent de voir la Guinée se rapprocher du schéma d’un « narco-pouvoir », où les institutions ne servent plus à garantir le bien commun, mais à sécuriser des circuits parallèles de richesse illicite. Des cargaisons suspectes transiteraient par des convois militaires, protégées par l’arsenal de l’Etat. Le silence autour de ces soupçons n’est pas anodin : dans un contexte où les journalistes sont menacés, où les voix critiques sont réduites au silence, il devient dangereux de simplement poser des questions.
Quand le patriotisme devient écran de fumée
Pour se justifier, le régime s’abrite derrière une rhétorique nationaliste et révolutionnaire. Les références à Ahmed Sékou Touré et au PDG abondent dans les discours, comme pour rappeler une époque où l’Etat imposait sa souveraineté contre toute forme d’impérialisme. Mais derrière cette façade, les pratiques sont bien éloignés de l’idéal révolutionnaire.
Aujourd’hui, le PDG version 2025 n’est plus qu’un outil de communication au service d’un pouvoir militarisé, où l’idéologie sert à dissimuler les logiques de prédation. La lutte contre la corruption n’est plus qu’un slogan, pendant que les réseaux d’enrichissement illicite se consolident autour du pouvoir.
De l’État fort à l’État captif
Ce qui se joue aujourd’hui en Guinée dépasse le seul cadre de la mauvaise gouvernance. Si les soupçons de narcotrafic au sommet se confirment, nous ne sommes plus simplement face à une crise politique, mais à une captation de l’Etat par des intérêts criminels. Un tel scenario placerait la Guinée dans une zone de non-droit international, où la souveraineté devient un prétexte pour abriter des activités transnationales illicites.
L’histoire récente de certains pays d’Amérique latine ou d’Afrique de l’Ouest montre que ce type de dérive mène toujours au chaos : affaiblissement institutionnel, violences incontrôlées, perte de contrôle territorial, isolement diplomatique, effondrement économique. Il serait tragique que la Guinée, qui a déjà tant souffert, suive ce chemin.
Rompre le silence, briser l’impunité
La Guinée mérite mieux qu’un pouvoir assis sur la force brute et les suspicions de trafic. Il est temps que la société civile, les partis politiques, la diaspora et les partenaires internationaux se mobilisent pour exiger des enquêtes indépendantes, des audits sur les flux financiers suspects, et un retour à un Etat de droit fondé sur la transparence.
Le combat contre la criminalisation du pouvoir ne peut être mené qu’à la lumière de la vérité. Car un pays dirigé dans l’ombre de la cocaïne n’est pas un pays libre. C’est un territoire captif, où l’avenir des générations futures est hypothéqué par les appétifs d’une minorité armée.
La Guinée a déjà connu des dérives autoritaires. Elle ne peut se permettre aujourd’hui de devenir un Etat sous emprise, où l’uniforme cache un cartel, et le drapeau, une couverture.
Dr ABDOUL BALDÉ













