GUINÉE : MAMADI DOUMBOUYA, OU LA CHRONIQUE D’UN PARJURE ANNONCÉ

Il y a des paroles qui engagent. Et il y a des paroles qui condamnent. Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya avait choisi les deux.
Sous les ovations forcées, dans l’euphorie d’un pays trompé une fois de plus par le mirage du « sauveur », le chef du CNRD prononçait la phrase qui devait sceller son honneur : « En cas de parjure, que je subisse les rigueurs de la loi. »
Trois ans plus tard, cette phrase résonne comme une gifle. Une gifle au peuple. Une gifle à l’Histoire. Et surtout, une gifle à lui-même, puisque c’est désormais lui-Doumbouya, qui se tient exactement à l’endroit qu’il avait juré de ne jamais occuper : le seuil de la candidature présidentielle.
LE SERMENT TRAHI : QUAND LA PAROLE DEVIENT ARME DE DUPERIE
Dès le départ, Doumbouya savait que la seule façon de rendre acceptable un putsch en Guinée était de promettre l’innocence.
Promettre qu’il n’était pas venu pour durer.
Promettre que ni lui ni ses camarades en treillis ne toucheraient à l’élection qui conclurait la transition.
Promettre, encore et toujours, comme on jette du sable dans les yeux d’un peuple fatigué.
Aujourd’hui, ces promesses sont jetées à la poubelle avec une désinvolture presque insolente.
Car voici l’évidence, nue, brutale : en soutenant une candidature issue du CNRD, en préparant la sienne ou en ouvrant la voie à un dauphin militaire, MAMADI DOUMBOUYA commet ce qu’il avait lui-même nommé : UN PARJURE.
LA TRANSITION CONFISQUÉE : DE LA PROMESSE À LA PRÉDATION
Ce parjure n’est pas un accident. C’est un projet. Un projet cousu de fil blanc : contrôler l’État, manipuler la transition, bâtir un appareil de pouvoir militaro-clientéliste, puis se présenter ou faire présenter un proche comme l’unique rempart contre le chaos que la junte elle-même entretient.
Le CNRD avait juré d’être arbitre. Il se révèle joueur, arbitre, juge et propriétaire du stade.
On nous parlait de refondation ; nous assistons à une confiscation.
On nous promettait un État impartial ; nous voyons un pouvoir qui utilise la justice comme gourdin, les finances comme caisse personnelle, et les institutions comme décor de théâtre.
« SUBIR LES RIGUEURS DE LA LOI » : LES MOTS QUI LE RATTRAPENT
Il est temps de le rappeler : Doumbouya n’a pas été accusé par l’opposition. Il s’est accusé lui-même. Nul besoin de chercher une constitution, un article ou un alinéa. La règle du jeu, c’est lui qui l’a écrite. La sanction c’est lui qui l’a fixée. « En cas de parjure, que je subisse les rigueurs de la loi. »
Eh bien ! nous y sommes. Le parjure est établi. La trahison de la parole donnée est flagrante. Le mensonge est consommé.
Dans un pays normal, cela signifierait démission immédiate, poursuites judiciaires et inéligibilité.
UN PEUPLE ABUSÉ, UNE HISTOIRE QUI SE RÉPÈTE
Sékou Touré avait promis la prospérité ; Conté la stabilité ; Dadis la rupture ; Alpha Condé la démocratie ; Doumbouya la vertu. Tous ont trahi. Tous ont chuté. Tous ont laissé derrière eux un pays plus méfiant plus fragile, plus brisé.
Doumbouya ne fait pas exception : il prolonge la malédiction politique guinéenne avec un culot presque classique. Son parjure n’est pas seulement une faute morale ; c’est un acte de sabotage institutionnel, un mensonge fondateur qui hypothèque l’avenir du pays.
UN PARJURE NE PEUT GOUVERNER
La question n’est plus de savoir si Doumbouya sera candidat.IL l’est déjà. La question est de savoir comment un homme qui a trahi son propre serment peut prétendre gouverner ceux à qui il l’a fait.
La Guinée n’a pas besoin d’un nouveau commandeur de transition qui s’auto-proclame vertueux pendant qu’il prépare son couronnement.
Elle a besoin d’une rupture véritable : la rupture avec le mensonge, la ruse et le pouvoir pour le pouvoir.
Un parjure ne peut pas diriger une transition.
Un parjure ne peut pas incarner l’avenir.
Un parjure doit, selon sa propre formule, « SUBIR LES RIGUEURS DE LA LOI »
Et l’Histoire, implacable, commence toujours par réclamer la note.
Dr ABDOUL BALDÉ.















