Guinée : une nouvelle Constitution… pour rejouer la même tragédie ?

Une fois encore, la Guinée se lance dans l’élaboration d’une « nouvelle Constitution ». Une de plus. Peut-être même une de trop. Comme si l’avenir d’une nation pouvait se jouer à chaque fois sur quelques pages fraîchement imprimées, alors que, depuis l’indépendance en 1958, c’est le même scénario qui se répète : une élite qui écrit les règles, un peuple sommé d’approuver ou de se taire.
Refondation ou répétition ?
Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2021, promet une Constitution « issue des aspirations du peuple ». Une promesse que les Guinéens connaissent bien : Sékou Touré l’avait déjà faite, Lansana Conté aussi, tout comme Alpha Condé. À chaque fois, la Constitution s’est révélée être un instrument de légitimation du pouvoir, jamais une véritable garantie de démocratie.
« En Guinée, la Constitution est un accessoire de pouvoir, pas un contrat social », confie un juriste basé à Conakry, sous couvert d’anonymat.
Derrière les discours sur la « participation citoyenne », les « consultations inclusives » ou les « restitutions de doléances », le processus actuel ressemble davantage à une mise en scène. Les acteurs sont choisis, le scénario écrit d’avance. Et le peuple, une fois de plus, n’a qu’un rôle de figurant.
Un peuple otage d’un cycle sans fin
Depuis l’indépendance, chaque régime guinéen a rédigé sa propre Constitution, adaptée à ses ambitions. Sous Sékou Touré, elle instituait le parti unique. Sous Conté, elle prônait le multipartisme tout en verrouillant le jeu électoral. Alpha Condé l’avait modifiée pour briguer un troisième mandat. Aujourd’hui, sous Mamadi Doumbouya, elle est suspendue en attendant d’être réinventée, encore une fois, pour servir les intérêts du pouvoir en place. À chaque nouvelle version, c’est le peuple qui paie le prix : violences, répression, promesses trahies.
Un texte ne suffit pas à bâtir une démocratie
À quoi bon rédiger un nouveau texte fondamental si les principes qu’il énonce ne sont jamais respectés ? Pourquoi parler de « refondation » quand les méthodes restent les mêmes : opacité, arrestations arbitraires, musellement des médias, improvisation institutionnelle ?
Le problème ne réside pas dans le contenu des Constitutions, mais dans une culture politique où l’impunité est la règle et où les institutions sont façonnées pour servir le pouvoir, non pour le contrôler.
Ce qu’il faut, ce n’est pas un texte, c’est un engagement
Même la meilleure Constitution du monde ne garantit pas la démocratie si ceux qui gouvernent refusent l’alternance, la responsabilité, la transparence. En Guinée, aucune Constitution n’a survécu à l’épreuve du pouvoir. Toutes ont été contournées, modifiées, piétinées.
Alors que le pays s’apprête à tourner une nouvelle page, une question demeure : cette énième Constitution sera-t-elle un véritable contrat entre le peuple et ses dirigeants ou simplement un document de plus, écrit pour l’histoire… et promis à l’oubli ?
Dr. ABDOUL BALDE











