GUINÉE : LA RÉPUBLIQUE DES PITRES

Quand le projet Simandou dévoile la faillite morale et institutionnelle de la Guinée.
Il y a des discours qui trahissent un système.
Celui prononcé par le sieur Djiba Diakité, ministre directeur de cabinet de la Présidence et président du comité stratégique du projet Simandou, en fait partie.
Ce jour-là, censé marquer le lancement historique du plus grand projet minier d’Afrique, la Guinée n’a pas inauguré sa prospérité, elle a célébré sa DÉCADENCE ORATOIRE ET POLITIQUE.
UN THEATRE D’ÉLOGES AU LIEU D’UN PROJET DE SOCIÉTÉ
Au lieu de parler de logistique, de calendrier, de retombées concrètes pour les communautés, le sieur Djiba Diakité s’est livré à un exercice de flatterie nationale : « Le Président Doumbouya est la providence du peuple guinéen, le guide de la renaissance nationale. »
Une déclaration à mi-chemin entre le griotisme et la servitude politique, qui en dit long sur l’état de la République.
Loin de la rigueur attendue d’un État stratège, ce discours illustre la vacuité institutionnelle qui s’est emparée du pays : des ministres bavards, des technocrates zélés, des militaires décoratifs et, un peuple relégué au rang de spectateur.
SIMANDOU : LA MONTAGNE D’OR QUI ACCOUCHE D’UNE FARCE
Le projet Simandou, censé transformer la Guinée en puissance minière et industrielle, devient un symbole de la dépendance et de l’improvisation. On promet des milliards, on cite les Émirats, on évoque « Simandou 2040 » comme une vision d’avenir. Mais à y regarder de près, les fondations sont friables :
– Les contrats ne sont pas publiés ; la transparence est absente.
– Les communautés locales sont ignorées ou déplacées sans compensation équitable.
– Plus d’une douzaine de morts recensés sur les chantiers selon l’agence Reuters
– Les infrastructures, censées être terminées en 2025, accusent déjà des retards majeurs.
Pendant ce temps, les communiqués triomphants pleuvent : « Chaque tonne de minerai extrait est une brique dans la construction de notre avenir », dit le Sieur Diakité, oubliant que les briques sans ciment tombent toujours sur les têtes du peuple.
UNE GOUVERNANCE D’APPARAT
Depuis Sékou Touré jusqu’à Mamadi Doumbouya, la Guinée recycle le même logiciel : la mise en scène de la souveraineté au service de réseaux privés.
Sous couvert de « renaissance nationale », le pouvoir reproduit les vieilles recettes du pillage organisé :
– Opacité contractuelle, zéro réforme de gouvernance, zéro publication intégrale des contrats.
– Concentration des profits,
– Marginalisation des élites compétentes,
– Et culte du chef comme substitut à la vision.
– 2 millions de tonnes de minerai stockées selon Reuters, mais peu de transparence sur les revenus.
– Des dizaines d’accidents de chantier et des impacts écologiques graves signalées par les ONG.
Le sieur Diakité promet que la transformation locale des minerais n’est pas négociable ».
Mais dans la République des pitres, les promesses sont toujours gratuites ; c’est leur exécution qui coûte cher, et rarement à ceux qui les prononcent.
LE PEUPLE, ÉTERNEL SPECTATEUR
À Kérouané, à Beyla, à Nzérékoré, les populations voient passer les convois des entreprises minières mais ne voient jamais les bénéfices. Leurs champs réduits, les eaux sont polluées, les compensations sont dérisoires voire inexistantes.
Les jeunes qu’on promettait d’embaucher restent au chômage, pendant que des sociétés étrangères recrutent leur main-d’œuvre ailleurs. On appelle cela le développement ; en vérité c’est du transfert de rente.
LA RÉPUBLIQUE DES PITRES, C’EST MAINTENANT
La République des pitres, c’est celle où les médiocres paradent pendant que les capables s’exilent.
C’est celle où la flatterie remplace la compétence, où les discours d’apparat supplantent la vérité, où les décisions se prennent dans les salons plutôt que dans les institutions.
C’est celle où un mégaprojet devient un outil de propagande, non de développement.
Et quand le sieur Djiba Diakité compare Simandou au pétrole des pays du Golfe, il oublie une différence essentielle : là-bas, les infrastructures ont précédé les slogans. Alors qu’ici, les slogans remplacent les infrastructures.
Simandou aurait pu symboliser l’entrée de la Guinée dans le XXIè siècle. Mais il révèle, au contraire une nation prise en otage par sa propre mise en scène.
La Guinée est riche, oui, mais gouvernée par ceux qui confondent gouvernance et comédie.
La République des pitres, c’est celle où l’on applaudit les mots creux et où l’on punit les idées justes. C’est aussi celle où l’on préfère les courtisans aux bâtisseurs.
Si la Guinée ne se ressaisit pas, Simandou ne sera pas un tremplin, mais un tombeau : celui d’un rêve brisé sous les applaudissements des pitres.
Dr. ABDOUL BALDÉ.














