GUINÉE : UNE MASCARADE DÉMOCRATIQUE ÉRIGÉE EN SYSTÈME

En Guinée, l’histoire politique pourrait se résumer à une formule brutale mais exacte : les élections n’y servent pas à choisir un pouvoir, mais à le confirmer.
Depuis 1958, aucun régime n’a jamais organisé un scrutin qu’il risquait réellement de perdre. De Sékou Touré à Lansana Conté, d’Alpha Condé au CNRD de Mamadi Doumbouya, le scenario change, mais le résultat reste le même.
La récente pseudo-élection présidentielle organisée par la junte au pouvoir n’est donc ni une surprise ni une anomalie. Elle est la répétition fidèle d’un vieux rituel guinéen et africain : faire semblant de consulter le peuple pour mieux confisquer sa souveraineté.
– Une vieille recette bien connue
Le procédé est bien rodé, presque scolaire. D’abord, prendre le pouvoir par la force ou par la ruse constitutionnelle. Ensuite, neutraliser l’opposition, par la peur, la justice instrumentalisée, l’exil, l’asphyxie administrative ou la prison. Puis, resserrer l’espace civique, museler les médias, interdire les manifestations, criminaliser la contestation.
Enfin, organiser une élection sous contrôle, présentée comme une avancée historique, une « refondation », un retour à l’ordre constitutionnel.
Dans ces conditions, comment perdre une élection ?
Quand on contrôle l’État, l’armée, l’administration, le calendrier électoral, les institutions de validation et parfois même la peur, le verdict des urnes est connu d’avance.
– De la transition promise à la confiscation assumée
Le CNRD était arrivé au pouvoir en jurant de rompre avec les pratiques du passé. Il promettait une transition, une refondation, une Guinée réconciliée avec la démocratie. Mais très vite, le masque est tombé. La transition s’est transformée en installation durable, et la promesse de rupture en reproduction fidèle des vieux réflexes autoritaires digne de l’ère du PDG.
La présidentielle organisée sous l’autorité du caporal-chef légionnaire répondant au nom de Mamadi Doumbouya n’a jamais été conçue comme une compétition politique équitable. Elle a été pensée comme un acte de légitimation, un tampon institutionnel destiné à donner une façade électorale à un pouvoir issu d’un coup d’État.
Ce n’est pas une élection. C’est une certification interne du pouvoir.
– Une opposition neutralisée, un peuple pris en otage
Quand les principaux leaders politiques sont empêchés de concourir, suspendus, contraints à l’exil ou réduits au silence, parler d’élection relève de l’insulte à l’intelligence collective. Quand la peur remplace le débat, quand la rue est interdite, quand la parole critique est criminalisée, le vote devient un acte vide de sens.
Le peuple guinéen n’a pas choisi. On lui a demandé d’avaliser.
– Une constante africaine, une tragédie guinéenne
La Guinée n’est pas seule. Partout en Afrique, ou presque, celui qui organise les élections ne les perd pas. Parce que l’élection n’est pas conçue comme un risque politique, mais comme un instrument de stabilisation du pouvoir. Le multipartisme y est toléré tant qu’il ne menace pas. La démocratie est acceptée tant qu’elle reste décorative.
Mais en Guinée, cette logique a un coût immense : une défiance chronique envers les institutions, une jeunesse désabusée, une instabilité politique permanente, et une démocratie toujours promise, jamais réalisée.
– Le vote sans choix est une imposture
Une vérité simple s’impose : une élection n’est démocratique que si ceux qui l’organisent peuvent la perdre.
Quand ce risque n’existe pas, le suffrage universel devient une mise en scène. Une liturgie politique. Un rituel creux. La Guinée n’a pas besoin d’élections-alibis. Elle a besoin d’institutions indépendantes, de libertés garanties et d’un pouvoir réellement comptable devant le peuple.
– Sortir du cycle ou y rester prisonnier
Tant que la Guinée confondra élections et démocratie, elle tournera en rond. Tant que les scrutins serviront à légitimer des pouvoirs déjà installés, le peuple restera spectateur de sa propre dépossession.
La question n’est donc pas de savoir qui a gagné cette élection. La vraie question est plus grave : quand la Guinée acceptera-t-elle enfin une élection que le pouvoir peut perdre ?
Dr. ABDOUL BALDÉ













